Pourquoi des critères d'évaluation modernes sont-ils nécessaires dans le débat sur le génie génétique ?

Dans cet article de blog, je résumerai les principaux enjeux du débat sur le génie génétique et j'aborderai la nécessité de critères d'évaluation modernes qui contrastent avec les perspectives éthiques traditionnelles.

 

Le contexte moderne — De la survie à la qualité de vie

Grâce à l'abondance alimentaire et aux progrès de la médecine, l'humanité moderne jouit d'une vie bien plus prospère qu'auparavant. De ce fait, les questions fondamentales de l'existence ont évolué : de « Comment survivre ? » à « Comment bien vivre ? ». Désormais, les individus ne se préoccupent plus seulement d'éviter la faim ; ils recherchent les moyens de vivre longtemps et en bonne santé, à l'abri des maladies, et surtout, d'améliorer leurs capacités mentales et intellectuelles. De même que la prise de compléments alimentaires et la pratique d'une activité physique sont devenues des habitudes quotidiennes, la préparation à la réussite sociale par l'apprentissage et le développement personnel s'est également généralisée.
Cet intérêt s'étend naturellement à leurs enfants. La plupart des parents souhaitent que leurs enfants ne prennent pas de retard sur le plan physique ou mental et s'efforcent de les élever pour qu'ils deviennent des individus « quasi parfaits » grâce à une éducation et des soins rigoureux dès leur plus jeune âge. Cependant, tous les êtres humains ne partent pas de la même base. Si certains enfants naissent avec des aptitudes physiques et intellectuelles exceptionnelles, d'autres rencontrent des difficultés dues à des handicaps congénitaux. Face à ce déséquilibre, les parents ne peuvent s'empêcher de s'inquiéter pour l'avenir de leurs enfants dès leur naissance.
C’est précisément là que les biotechnologies modernes offrent une solution efficace. Le génie génétique permet, dans une certaine mesure, d’influer sur les caractéristiques congénitales, en modulant certains traits ou en réduisant le risque de maladie. Par conséquent, le génie génétique n’est plus de la science-fiction, mais une option réaliste à envisager.

 

L'essence de la critique de Sandel

Les critiques qui s'appuient sur l'éthique communautaire ou la théologie ont exprimé de vives inquiétudes quant au génie génétique. Selon une perspective particulière, le génie génétique serait une manifestation de l'orgueil humain, et toute tentative de modifier artificiellement des conditions innées serait moralement problématique. Ces critiques affirment que la manipulation artificielle de la structure du monde soulève des questions éthiques insupportables pour l'humanité.
Une autre critique majeure est que le génie génétique évoque l'eugénisme. On craint que la généralisation de la sélection de capacités ou de caractéristiques spécifiques ne reproduise les violations des droits humains et les discriminations, et n'aboutisse à terme à un système excluant les personnes socialement vulnérables. Il a également été souligné que la pression exercée sur les parents pour « améliorer » leurs enfants pourrait entraîner des effets secondaires tels que le TDAH ou des troubles mentaux, aggraver des problèmes comme la toxicomanie et accroître les coûts sociaux.
Enfin, on craint que la modification génétique n'intensifie la compétition, engendrant une hiérarchie sociale plus dure. Le risque est que si les différences de capacités sont amplifiées et fixées par la technologie, la compétition s'intensifie et, par conséquent, la société évolue vers un mécanisme de sélection encore plus impitoyable.

 

Contestations des arguments de Sandel

La critique de Sandel est intuitivement convaincante, mais elle comporte plusieurs contradictions importantes. Premièrement, Sandel établit une distinction entre thérapie et amélioration, considérant la première comme positive et la seconde comme une instrumentalisation. Or, la thérapie consiste aussi, par essence, à modifier le « cadre » du monde. Guérir une maladie implique d'intervenir dans l'état naturel et de le modifier ; si l'on évalue cela uniquement selon le critère de « l'acceptation des choses telles qu'elles sont », cela revient à préconiser la négligence d'un enfant malade.
Par ailleurs, si Sandel conteste l'instrumentalisation de la santé, il est difficile de nier que celle-ci ait longtemps servi de moyen pour atteindre divers objectifs. On prend soin de sa santé pour vivre plus longtemps et plus confortablement, et cet objectif est socialement légitime.
Deuxièmement, l'association avec l'eugénisme constitue peut-être une critique simpliste. D'un point de vue évolutionniste, les organismes vivants développent des caractéristiques au fil des générations pour s'adapter à leur environnement. Il est naturel que les caractéristiques défavorables à l'adaptation disparaissent, tandis que les avantageuses persistent. Les humains ne sont pas seulement des animaux sauvages, mais aussi des animaux sociaux ; les individus dotés d'une meilleure adaptabilité sociale bénéficient généralement de meilleures conditions de vie. La modification génétique peut servir d'outil pour accélérer artificiellement ce processus d'adaptation et n'implique pas nécessairement que des conséquences négatives.
Troisièmement, les problèmes de blessures physiques ou de souffrance psychologique résultant d'un entraînement excessif par les parents peuvent être considérés indépendamment de la logique du génie génétique. Si les problèmes liés à l'immaturité physique et mentale peuvent être prévenus, les coûts sociaux et les préjudices qui en découlent peuvent également être réduits. Autrement dit, si le nombre de personnes nées avec un handicap grave diminuait significativement, les dépenses sociales, la charge de soins et le risque d'exclusion sociale et de victimisation diminueraient probablement aussi.
Quatrièmement, l'idée que le génie génétique ne soit qu'un moyen d'intensifier la compétition mérite d'être réexaminée. Les conséquences dépendent de la diffusion de cette technologie et du cadre réglementaire. Si les différences de capacités s'atténuaient, le besoin de hiérarchies traditionnelles pourrait s'en trouver affaibli, ce qui pourrait constituer un point de départ pour des changements favorisant l'égalité et l'harmonie sociale.

 

Considérations éthiques et sociales et conclusion

Longtemps, les questions existentielles ont été interprétées à travers le prisme religieux et théologique. On comprend dès lors que certains critiques condamnent le génie génétique au nom d'une éthique théocentrique. Cependant, la société moderne présente des limites lorsqu'il s'agit d'aborder des problématiques scientifiques et technologiques complexes en se fondant uniquement sur des critères théologiques. Comme l'a souligné Nietzsche, dans un contexte de déclin des valeurs théocentriques traditionnelles, il est nécessaire d'établir un nouveau cadre éthique qui prenne en compte la rationalité et les implications pratiques.
Lors de l'évaluation du génie génétique, les critères pratiques et modernes suivants s'imposent : premièrement, porte-t-il atteinte à la dignité individuelle et aux droits humains ? Deuxièmement, renforce-t-il les mécanismes qui aggravent les inégalités sociales ? Troisièmement, minimise-t-il les effets secondaires et les risques anticipés, et évalue-t-il objectivement les coûts sociaux qui en découlent ? Quatrièmement, peut-il promouvoir le bien commun grâce à l'accessibilité technologique et aux cadres réglementaires ?
En conclusion, le génie génétique est une technologie qui présente à la fois des risques et des opportunités. Plutôt qu'une interdiction absolue ou une approbation indiscriminée, il est nécessaire d'engager un débat qui évalue équitablement les avantages et les risques selon des critères rationnels et laïques. Tout en respectant les principes éthiques traditionnels, des politiques et des réglementations prudentes et transparentes doivent être mises en place grâce à un cadre d'évaluation qui prenne en compte les conséquences pratiques dans la société contemporaine.

 

A propos de l'auteure