Comment le génie génétique et l'eugénisme peuvent-ils coexister ?

Dans cet article de blog, j'examinerai les débats historiques et les questions éthiques entourant le génie génétique et l'eugénisme, et je proposerai un plan pour l'adoption limitée de ces technologies.

 

Histoire et problèmes de l'eugénisme

L'eugénisme est une branche de la génétique appliquée née à la fin du XIXe siècle dans le but d'« améliorer » les caractéristiques génétiques de l'humanité. Appliqué à l'être humain, l'eugénisme consistait généralement à distinguer des « traits génétiques supérieurs » des « traits génétiques inférieurs », ce qui a conduit à des tentatives visant à encourager la reproduction des premiers et à supprimer celle des seconds. Ici, les « traits génétiques supérieurs » désignent généralement l'absence de défauts physiques ou mentaux. Sur cette base, des politiques discriminatoires, des stérilisations, des mesures de contrôle des naissances et d'autres actions coercitives ont été proposées et mises en œuvre dans divers pays.
L'aversion immédiate pour l'eugénisme est largement liée aux exemples extrêmes de l'Allemagne nazie. Les nazis définissaient des « lignées supérieures » à partir de caractéristiques physiques spécifiques et cherchaient à les perpétuer par le biais de programmes tels que le programme Lebensborn. De telles politiques ont conduit à des violations des droits de l'homme et à un génocide, démontrant clairement que l'eugénisme pouvait être détourné et servir d'idéologie de discrimination raciale et de violence. Les critères de cette époque ne reposaient pas sur des preuves scientifiques objectives, mais étaient fortement influencés par les préjugés sociaux et l'idéologie.
Un autre concept apparenté, le darwinisme social, applique les idées évolutionnistes de Darwin à la théorie sociale, considérant la « survie du plus apte » ou la « compétition » comme les moteurs du progrès social. Or, il s'agit d'une erreur qui transpose directement le principe de la sélection naturelle dans les jugements sociaux et éthiques, et qui sert parfois de justification à des luttes brutales. De fait, l'histoire regorge d'exemples où de telles théories ont été instrumentalisées pour justifier l'exclusion ou l'oppression des plus vulnérables.
Pour prévenir les dérives de l'eugénisme, il est nécessaire de clarifier le concept lui-même et de s'efforcer d'éliminer les préjugés sociaux. Depuis le milieu du XXe siècle, certains biologistes ont conservé le terme « eugénisme » tout en prônant une approche fondée sur des preuves scientifiques et exempte de biais raciaux, sociaux ou sexistes. Face à l'instrumentalisation passée de l'eugénisme pour justifier les préjugés sociaux, un mouvement a émergé visant à limiter l'application des connaissances génétiques à des fins humanitaires, notamment la prévention et le traitement des maladies. Les progrès ultérieurs du génie génétique ont suscité des débats sur un « nouvel eugénisme », soulevant à la fois des perspectives technologiques et des risques éthiques.

 

Le potentiel du génie génétique et les propositions réglementaires

Les progrès du génie génétique offrent des perspectives prometteuses, comme le traitement des maladies et l'allongement de l'espérance de vie. Cependant, l'utilisation de cette même technologie pour manipuler artificiellement les caractéristiques individuelles suscite également de vives inquiétudes : elle pourrait engendrer de graves problèmes tels que la discrimination sociale, l'atteinte à l'identité et la perte de diversité génétique. Si les partisans insistent sur les avantages de cette technologie, ses détracteurs mettent en garde contre le risque d'aggravation des inégalités et d'atteinte à la dignité humaine.
Ma position est que, compte tenu de ma profonde conscience des risques éthiques et sociaux liés au génie génétique, il ne devrait pas être autorisé hâtivement et sans discernement. Cependant, je ne crois pas qu'il faille exclure totalement la possibilité d'utiliser le génie génétique pour traiter des maladies. C'est pourquoi je propose une « autorisation restreinte » comme compromis entre les arguments pour et contre. Concrètement, le génie génétique devrait être strictement limité au traitement et à la prévention des maladies génétiques ou incurables.
La principale préoccupation des opposants est qu'une fois cette technologie développée, il pourrait exister une volonté de créer intentionnellement des individus dotés de « caractéristiques génétiques supérieures ». Si une telle technologie était commercialisée et que son accès était inégalement réparti, un groupe minoritaire génétiquement « amélioré » risquerait de former une classe dirigeante, renforçant ainsi les inégalités sociales. De plus, le risque de perte de l'identité individuelle et de la diversité génétique des populations humaines ne peut être ignoré.
Une réglementation stricte au niveau national est indispensable pour prévenir ce type de situation. Les principes proposés sont les suivants : premièrement, les interventions de génie génétique ne devraient être autorisées que pour le traitement et la prévention des maladies, tandis que leur utilisation à des fins d’amélioration sélective – comme l’« amélioration des performances » ou la manipulation de l’apparence ou de l’intelligence – devrait être interdite. Deuxièmement, les tests prénataux et la communication d’informations génétiques ne devraient être proposés qu’à la demande des parents, et ces derniers devraient pouvoir choisir les traitements et les stratégies de réponse en fonction de ces informations. Il s’agit d’une garantie minimale pour prévenir les décisions coercitives ou le dépistage imposé par l’État.
Des études de cas démontrent clairement que les couples ou les individus peuvent parvenir à des conclusions différentes concernant l'information génétique et les options de traitement. Par exemple, certains peuvent refuser le test prénatal et trouver un épanouissement en choisissant de vivre avec un enfant handicapé, tandis que d'autres peuvent envisager un test prénatal après avoir été confrontés aux souffrances extrêmes et à la courte vie d'un enfant né avec une maladie génétique incurable. L'épidermolyse bulleuse dystrophique (EB) en est un exemple frappant : cette maladie génétique grave, causée par un déficit en fibrilline essentielle, peut provoquer des bulles et des lésions cutanées irréversibles, même au moindre contact, pouvant entraîner une évolution douloureuse et fatale. Face à cette réalité, le choix des parents et la communication d'informations sont des questions extrêmement délicates qui doivent respecter les choix individuels.
Enfin, les pouvoirs publics doivent surveiller et réglementer en permanence les technologies de génie génétique afin d'empêcher leur utilisation abusive à des fins d'« amélioration ». Cette réglementation devrait garantir la transparence des phases de recherche et de commercialisation, prévoir un examen par des comités d'éthique et mettre en place des mesures visant à limiter strictement, par voie légale, la portée et les conditions d'utilisation de ces technologies. Par ailleurs, une coopération internationale est indispensable pour éviter que des réglementations laxistes dans un pays n'entraînent l'introduction et le détournement de ces technologies dans d'autres nations.
En conclusion, le génie génétique devrait être utilisé en priorité pour soulager les souffrances causées par les maladies incurables et génétiques, et l'amélioration sélective des capacités humaines devrait, en principe, être interdite. À cette fin, le recours au diagnostic prénatal devrait être encadré dans le respect du droit des parents à l'information et de leur droit de choisir, et tout abus de cette technologie doit être prévenu par une réglementation et un contrôle stricts au niveau national. En appliquant le génie génétique de manière encadrée et en perfectionnant les systèmes concernés, nous pourrons tirer parti des avantages de cette technologie tout en minimisant les problèmes éthiques et sociaux.

 

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