Que pouvons-nous apprendre sur l'art lors d'une visite au Musée d'art de la ville de Bâle ?

Dans cet article de blog, j'explorerai l'évolution de l'impressionnisme à l'art contemporain — et sa signification — à travers les œuvres que j'ai découvertes au Musée d'art de la ville de Bâle.

 

Une étoile prise au piège de l'impressionnisme

Lors de ma première visite au musée, les œuvres que j'ai découvertes appartenaient principalement au mouvement post-impressionniste. Comme je connaissais déjà des peintres tels que Van Gogh, Gauguin et Monet grâce à mes manuels scolaires, j'ai été naturellement attirée par leurs œuvres, tandis que les autres périodes me semblaient difficiles à appréhender. L'art contemporain, en particulier, paraissait venir d'un autre monde : des œuvres encensées comme des chefs-d'œuvre pour un simple trait ou quelques points sur une toile.

 

Un tournant au Kunstmuseum de Bâle

Lors d'un voyage en Europe pendant les vacances d'hiver de ma première année d'université, j'ai fait un détour par le Kunstmuseum de Bâle, en Suisse, profitant d'un peu de temps libre. J'y ai découvert une nouvelle perspective sur l'art. Bâle est une ville qui regorge de musées et d'expositions, attirant de nombreux artistes ; grâce à cela, j'ai pu admirer un nombre relativement important d'œuvres cubistes des débuts. Les œuvres que j'y ai découvertes illustraient la transition entre le post-impressionnisme et l'art moderne.

 

L'influence de Matisse et l'émergence du cubisme

Vers la fin de la période impressionniste tardive, Henri Matisse présenta des tableaux caractérisés par des contrastes de couleurs extrêmes. Par exemple, dans ses portraits, il utilisait des couleurs complémentaires dans les zones d'ombre au lieu de teintes sombres ; ces forts contrastes créaient l'impression d'une juxtaposition de sujets différents. Les expérimentations de Matisse constituèrent un nouveau point de départ pour les jeunes peintres de l'époque, et des artistes – dont Picasso – commencèrent à explorer leurs propres approches artistiques en s'inspirant de son œuvre.

 

Les premières expériences de Picasso : « Homme, Femme et Enfant »

La première œuvre que j'ai découverte au Kunstmuseum de Bâle était « Homme, Femme et Enfant », une des premières œuvres cubistes de Picasso. Au premier abord, je ne l'ai même pas reconnue, tant elle me semblait être une transposition du style de Matisse en noir et blanc. Un examen plus attentif révèle que Picasso n'a pas embrassé le cubisme d'emblée, mais est passé par un processus de profonde réflexion et d'expérimentation. Il apparaît clairement qu'il cherchait à explorer une nouvelle forme de tridimensionnalité en s'éloignant des contrastes de couleurs à la Matisse et en déconstruisant la planéité du sujet, divisant le visage et le corps en différentes perspectives.

 

« Le violon et le pichet » de Braque et le cubisme analytique

En parcourant le musée, on découvre des compositions encore plus fragmentées. « Violon et pichet » de Georges Braque est une œuvre qui incarne parfaitement cet esprit d'expérimentation. Braque semble avoir privilégié la fragmentation du sujet plutôt que sa représentation fidèle. Les peintures de cette période sont parfois qualifiées de « cubisme analytique », caractérisé par une forte emphase sur l'analyse scientifique des formes par décomposition plutôt que sur l'expression esthétique. Dans le processus de reconstruction du violon et du pichet en trois dimensions, leurs formes essentielles s'estompent en arrière-plan ; les fragments servent à harmoniser la palette chromatique d'ensemble, et la fragmentation elle-même semble être le but recherché.

 

Les fruits du cubisme : les choix dans l'œuvre de Picasso

Après avoir traversé l'exposition consacrée aux débuts du cubisme et accédé au troisième étage, les visiteurs découvrent le fruit de ces expérimentations. « Femmes sur les bords de Seine » de Picasso est un tableau issu d'une période où le cubisme était presque pleinement épanoui ; il s'agit d'une réinterprétation cubiste de l'œuvre originale de Gustave Courbet. Picasso reconstruit l'image érotique d'une femme allongée à partir de multiples perspectives, accentuant ainsi son caractère séducteur. Des détails comme les mains et les seins sont mis en valeur, et le regard devient plus provocateur, laissant une forte impression. Cette œuvre démontre clairement que, dans le cubisme, l'essentiel réside dans le choix du degré de fragmentation du sujet pour l'exprimer efficacement, et dans les caractéristiques à extraire de chaque fragment.

 

Les expériences de couleurs de Paul Klee : « Senecio »

Le tableau « Sénécio » de Paul Klee, situé près de la sortie du musée, m’a également profondément marqué. Partant du principe que « la couleur et moi ne faisons plus qu’un », Klee cherchait à renouveler la peinture traditionnelle par la couleur. Sa tentative de fragmenter le sujet – à l’instar du cubisme – mais d’exprimer chaque partie uniquement par la couleur, sans recourir aux lignes, constituait une application de la conception fauviste de la couleur au cubisme. En abandonnant les lignes et en révélant chaque fragment par la seule couleur, les formes gagnaient en abstraction, et cette approche fait le lien avec l’art moderne.

 

Les similitudes entre la recherche scientifique et l'expérimentation artistique

Le processus d'émergence de nouvelles recherches scientifiques est comparable à celui qui fait apparaître de nouveaux styles artistiques. En physique, la transition de la mécanique newtonienne à la mécanique quantique peut sembler contre-intuitive au premier abord, mais l'histoire révèle que de nombreux chercheurs sont parvenus à ces conclusions progressivement, par l'expérimentation et la réflexion. De même, l'art moderne n'est pas le fruit d'un bouleversement soudain et instantané, mais plutôt l'accumulation d'expérimentations et de délibérations menées par de nombreux artistes. À mesure que l'on retrace le processus créatif de chaque œuvre exposée à Bâle, son sens se précise.

 

Une nouvelle perspective sur l'interprétation de l'art

Face à une œuvre d'art, on s'intéresse généralement d'abord à son auteur, tandis que les occasions de comprendre son contexte – les raisons de ce choix esthétique – sont rares. C'est particulièrement vrai pour l'art contemporain, dont le contexte est souvent difficile à appréhender. Pourtant, à l'instar des chercheurs, les artistes sont conscients des styles en vogue à leur époque et s'efforcent d'y insuffler leur propre singularité. Apprécier une œuvre en réfléchissant aux conventions de l'époque et aux difficultés rencontrées par l'artiste – en se demandant : « Comment aurais-je abordé cette œuvre différemment à ce moment-là ? » – l'art contemporain devient alors bien plus accessible.

 

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