Dans cet article de blog, en prenant pour point de départ le film de science-fiction « Gattaca », j'aborderai les causes de la discrimination découlant des progrès scientifiques et technologiques et ce à quoi nous devons nous préparer.
Science-fiction et Gattaca : comment la discrimination est représentée
La science-fiction captive de nombreux lecteurs en proposant des visions du futur issues d'une imagination débordante. Si les thèmes varient d'une œuvre à l'autre, ils s'intéressent souvent à l'impact des progrès scientifiques et technologiques sur la société, notamment à la discrimination et aux conflits. Par exemple, « Gundam SEED », un tome de la série « Gundam », met en scène le conflit entre les « Coordonnateurs », des individus conçus par génie génétique, et les « Naturels », ceux conçus naturellement. Ce postulat paradoxal – les Coordonnateurs, pourtant supérieurs à bien des égards, sont victimes de discrimination de la part des Naturels simplement parce qu'ils sont minoritaires – nous amène à nous interroger sur les raisons pour lesquelles l'excellence elle-même peut devenir un objet de discrimination.
Gattaca aborde également une problématique similaire, bien que sur un ton différent. Dans un futur proche, les individus dits « qualifiés » – dont les anomalies génétiques ont été corrigées par génie génétique – constituent la majorité de la société, tandis que les personnes conçues naturellement sont considérées comme « non qualifiées » et exclues du marché du travail et de la vie sociale. Le protagoniste, Vincent, souffre d'une malformation cardiaque congénitale qui l'empêche de réaliser son rêve de devenir astronaute. Il parvient néanmoins à ses fins en usurpant l'identité d'une autre personne (en se déguisant grâce à du sang, de l'urine et d'autres moyens). Si le film véhicule un message d'espoir à travers l'histoire de Vincent qui réalise son rêve par ses propres efforts et grâce au soutien de son entourage, cet article se concentre non pas sur le thème des « rêves », mais sur la discrimination elle-même, fruit des progrès scientifiques et technologiques.
Le film présente également des représentations scientifiques qui s'écartent de la réalité. Par exemple, certaines scènes montrent que l'identité génétique est facilement vérifiée par des tests sanguins et urinaires, alors qu'en réalité, il est difficile de déterminer avec précision l'ensemble des informations génétiques à partir de la seule urine. Néanmoins, le message central de « Gattaca » dépasse la simple exactitude des faits scientifiques ; il démontre comment une identité définie par la technologie peut restreindre la vie d'un individu.
La racine de la discrimination : la technologie elle-même ou la perception sociale ?
L'idée de créer des êtres humains « parfaits » par le génie génétique est un thème récurrent en science-fiction. En effet, la perfection engendre des distinctions marquées, lesquelles peuvent être à l'origine de discriminations. De nombreuses œuvres de science-fiction mettent ainsi en scène de nouvelles formes de discrimination en invoquant les progrès scientifiques et technologiques, incitant ainsi les lecteurs à la prudence face à ce progrès. Cependant, la question qui se pose est de savoir si la technologie elle-même est véritablement la source de la discrimination.
Une comparaison entre « Gundam » et « Gattaca » révèle une différence intéressante. Si les deux œuvres abordent le thème de la discrimination, leurs cibles diffèrent. Dans « Gattaca », ce sont les « indésirables » de nature qui sont victimes de discrimination, tandis que dans « Gundam », ce sont les « Coordinateurs », des êtres génétiquement modifiés, qui en sont victimes. Cette différence tient à ce qui façonne la perception de la majorité sociale. La « majorité » dont il est question ici ne désigne pas simplement la taille de la population, mais l'opinion publique et les perceptions des membres de la société.
Par conséquent, la cause profonde de la discrimination ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la manière dont les membres de la société perçoivent et évaluent les entités créées par cette technologie. Pour illustrer ce propos, prenons un exemple hypothétique : et si, au lieu d’un « humain parfait », un robot polyvalent apparaissait ? Les robots sont facilement perçus comme des entités distinctes des « humains », et s’ils étaient intégrés à la société comme des outils fonctionnels, leur acceptation pourrait différer des conflits qui surgissent entre les humains. Autrement dit, des différences identiques peuvent, ou non, engendrer de la discrimination, selon le contexte et la perception sociale.
En réalité, l'émergence des technologies n'entraîne pas automatiquement la discrimination. Celle-ci existe déjà pour diverses raisons – telles que la religion, le sexe, la race, la culture et la classe sociale – et s'est façonnée dans un contexte social distinct des sciences et des technologies.
De même que les inégalités de richesse se transmettent de génération en génération, les conditions de naissance d'un individu peuvent également déterminer ses perspectives d'avenir. L'étiquette collée aux « non-conformistes » dans « Gattaca » peut être comprise comme un prolongement de cette réalité : le problème réside dans un système social qui assigne aux individus un statut déterminé dès la naissance.
Dans l'univers de « Gattaca », des mécanismes institutionnels existent pour exclure les non-conformistes. Symboliquement illustrés par les tests sanguins à l'entrée et les divers dispositifs de vérification d'identité, la discrimination est institutionnalisée car l'opinion publique considère les « Inaptes » comme inutiles. Dans « Gundam », l'hostilité envers les Coordinateurs découle également de la perception qu'en a le public, celle qu'ils sont différents.
Alors, comment prévenir ce type de discrimination ? Premièrement, les tentatives d’éliminer les différences créées par la technologie se heurtent à des limites pratiques. En revanche, nous pouvons transformer le climat social et les institutions qui engendrent la discrimination. Nous devons promouvoir une opinion publique respectueuse de la diversité par l’éducation, le droit et les coutumes, et mettre en place des garanties institutionnelles pour prévenir la discrimination. Historiquement, le recul de la discrimination raciale a été le fruit de la diffusion de la sensibilisation aux droits humains, conjuguée à des changements juridiques et sociaux.
En définitive, la discrimination a toujours existé, depuis l'aube de la civilisation jusqu'à nos jours et même dans le futur, et il est fort probable que les progrès technologiques futurs engendreront de nouvelles formes de discrimination. Toutefois, rejeter ou nier la technologie en elle-même n'est pas une solution acceptable. De même qu'un couteau peut être une arme ou un outil, la science et la technologie peuvent être un outil utile ou une source de préjudice, selon la manière dont la société les gère et les utilise. Par conséquent, plutôt que de blâmer les effets secondaires de la science et de la technologie, il est essentiel de développer la capacité sociale de les utiliser de manière responsable.
La question soulevée par « Gattaca » ne se limite pas à une simple mise en garde contre le génie génétique ; elle invite à une réflexion sur la manière dont la société doit accepter et encadrer les nouvelles frontières et étiquettes créées par la technologie. Plutôt que d’entraver le progrès technologique, nous devons bâtir des institutions et une culture capables de l’intégrer et de le gérer sereinement, contribuant ainsi à réduire les discriminations.