Dans cet article de blog, j'explorerai la question de savoir si l'humanité deviendrait véritablement plus heureuse si elle atteignait la vie éternelle grâce à la science et à la technologie, en m'appuyant sur diverses perspectives philosophiques et expériences personnelles.
La possibilité de la vie éternelle — L'émergence de la science et de la technologie et sa faisabilité
Si l'on se penche sur l'histoire de l'humanité, on constate que l'aspiration à la vie éternelle remonte à la nuit des temps. Qin Shi Huang chercha en vain l'élixir de vie, les pharaons égyptiens érigèrent des pyramides pour garantir l'immortalité après la mort, et les religions ont souvent utilisé la promesse de la vie éternelle dans l'au-delà comme moyen de persuasion. La motivation est claire : l'espoir qu'une vie plus longue permette d'accomplir ses objectifs et, en s'affranchissant de l'incertitude de la mort, de profiter pleinement du présent.
Alors que l'immortalité était autrefois considérée comme une simple chimère, les progrès rapides de la science et de la technologie au XXIe siècle ont rapproché de la réalité ce qui relevait jadis du domaine du cinéma ou de la fiction. Par exemple, grâce aux recherches actives sur la création d'organes artificiels à partir de cellules souches et sur l'inversion du processus de vieillissement, l'idée de « maintenir la jeunesse du corps humain » n'est plus totalement irréaliste. Même si sa réalisation immédiate est impossible en raison de considérations liées aux droits de l'homme et à l'administration, d'un point de vue technique, la vie éternelle n'est plus à exclure.
Dans ce contexte, une question naturelle se pose : si les êtres humains atteignaient la vie éternelle, seraient-ils réellement plus heureux ? Alors que cette utopie, autrefois vague, pourrait devenir réalité, nous sommes amenés à repenser la nature même du bonheur.
La définition du bonheur et les débats philosophiques
Le concept de bonheur est hautement abstrait et subjectif. Si la définition du dictionnaire le décrit approximativement comme « un sentiment de contentement découlant d'une satisfaction et d'une joie suffisantes dans la vie », l'essence du bonheur varie d'une personne à l'autre. Par conséquent, il n'existe pas de réponse unique et définitive à la question : « Serions-nous plus heureux si nous avions la vie éternelle ? »
Le philosophe Heidegger, quant à lui, estimait que la vie éternelle était en réalité un obstacle au bonheur. Il soutenait que, la mort imposant une limite temporelle à l'existence, les êtres humains sont incités à vivre ce temps limité avec plus d'intensité et de sens. À l'inverse, il affirmait que si le temps était infini, notre sens de l'urgence et notre attachement à la vie s'amenuiseraient, rendant difficile une existence pleine de sens.
Cependant, je crois que l'explication de Heidegger, à elle seule, ne rend pas pleinement compte du bonheur. Il ne faut pas, selon moi, le réduire à la simple satisfaction des désirs, mais aussi reconnaître l'existence d'un « bonheur d'ordre supérieur », à un autre niveau. Le bouddhisme souligne que pour atteindre le vrai bonheur, il est nécessaire de se détacher de tous les désirs et d'atteindre l'éveil. L'idée est que plus nos possessions et nos attachements augmentent, plus nos préoccupations se multiplient, nous éloignant ainsi du bonheur.
Je comprends parfaitement ce point de vue, de par ma propre expérience. Je collectionne les maillots d'une équipe de football en particulier, et au début, j'éprouvais une grande joie à chaque nouvel achat. Cependant, à un moment donné, j'ai développé une véritable obsession : « il me faut absolument en acheter un chaque année ». Je me suis alors mis à les chercher frénétiquement, même d'occasion. C'est alors que j'ai réalisé que j'aurais été bien plus serein si je n'avais jamais commencé cette collection. Cette expérience montre qu'un état de « zéro » – ne posséder rien – peut être plus apaisant que l'accumulation incessante de biens.
Un argument avancé par certains partisans de la vie éternelle est que « si nous vivions éternellement, nous aurions encore plus de choses à faire, ce qui rendrait plus difficile le contrôle de nos désirs ». Cependant, Épicure soutenait que « l’ataraxie (le détachement du désir) » est la source du véritable plaisir. Ce concept rejoint l’idée stoïcienne d’« apathéia » (le détachement émotionnel), selon laquelle, lorsqu’on ne possède que le nécessaire, le désir excessif n’engendre que souffrance.
En réalité, lorsqu'on observe ceux qui ont renoncé à la réussite matérielle et se sont retirés de la société pour vivre en ascètes, on constate souvent qu'ils jouissent d'une grande paix intérieure avec très peu de choses. La vie éternelle, en revanche, pourrait accroître les chances d'un individu de se libérer des désirs et d'atteindre l'ataraxie, précisément parce qu'elle offre un temps suffisant ; c'est là, à mon sens, le potentiel positif de la vie éternelle.
Vide, illumination et réflexions finales
D'un côté, je me demande si la vie éternelle ne risque pas de susciter plus fréquemment des sentiments de futilité, d'ennui et de vide, nous éloignant ainsi du bonheur. Cependant, une fois atteint l'état d'ataraxie ou de libération, même ces émotions sont transcendées. En effet, le simple fait d'éprouver du vide ou de l'ennui est le signe que l'on reste prisonnier du désir et des émotions.
Bien que le quotidien des personnes spirituelles soit répétitif et monotone, elles vivent sans se plaindre. Cela témoigne d'un état où elles ne sont pas influencées par les fluctuations émotionnelles ni par les stimuli extérieurs. Si l'on leur accorde suffisamment de temps dans l'éternité, elles auront davantage d'occasions de maîtriser leur volonté et de se libérer de l'avidité. En fin de compte, cela pourrait accroître la probabilité qu'un plus grand nombre de personnes atteignent un niveau de bonheur supérieur.
Bien sûr, les êtres humains sont, par nature, animés de désirs et d'une soif de réussite. Cette ambition a d'ailleurs été le moteur du progrès de la civilisation. Dès lors, il est légitime de se demander : « Les humains peuvent-ils véritablement se départir de toute avidité et atteindre l'illumination ? » Puisque nul n'a encore atteint la vie éternelle ni l'illumination parfaite, il est difficile d'apporter une réponse définitive.
Néanmoins, une chose est sûre : malgré la brièveté de leur existence, les humains ont accompli des prouesses par leur seule volonté. L’histoire des missions spatiales et du développement des technologies permettant de créer ou de prolonger la vie en témoigne. Si l’on leur accordait un temps infini, les humains auraient une réelle possibilité d’apprendre à maîtriser leur être intérieur, à réduire leurs désirs et à cultiver leur potentiel jusqu’à atteindre l’ataraxie.
En conclusion, si l'immortalité est atteinte grâce à la science et à la technologie, elle n'aura peut-être que peu de rapport avec le bonheur, si on le juge uniquement selon les critères du plaisir simple ou de l'accumulation de biens. Cependant, en offrant suffisamment de temps et d'occasions pour apprendre à se détacher du désir, l'immortalité augmenterait la probabilité qu'un plus grand nombre de personnes atteignent un niveau de bonheur supérieur, à savoir le détachement et la libération. Néanmoins, compte tenu de la nature humaine, il est incertain que chacun fasse un tel choix, et il n'existe toujours pas de réponse définitive à cette question.