Dans cet article de blog, nous examinerons comment la justice réparatrice aborde la criminalité sous un angle différent de celui du système de justice pénale traditionnel et explorerons ses effets positifs sur les victimes, les délinquants et la communauté.
En 1974, au Canada, un groupe de garçons fut arrêté pour avoir vandalisé des maisons et des voitures. Un agent de probation recommanda au juge de régler l'affaire par des excuses des garçons et un accord mutuel entre les parties, proposition acceptée par le juge. Les garçons assumèrent alors la responsabilité de leurs actes en effectuant des travaux d'intérêt général et en réparant les dommages causés, puis furent réinsérés dans la société. Cet incident mena à la création d'un programme de « réconciliation victimes-auteurs », marquant la première application du concept judiciaire de « justice réparatrice ». La justice réparatrice représente donc une nouvelle perspective au sein du système de justice pénale – et une nouvelle approche de la criminalité – visant à aider les victimes blessées par la criminalité, ainsi qu'à réparer les liens humains et les communautés fragilisés. Ici, le terme « justice pénale » désigne le système judiciaire régissant les crimes et les peines.
La philosophie qui sous-tend la justice restaurative repose sur la conviction que tous les êtres humains sont fondamentalement bons et que les comportements répréhensibles résultent des circonstances ou de l'environnement, et non de leur nature. Il est donc essentiel d'offrir aux auteurs d'infractions des possibilités de changement et de réhabilitation, afin de les aider à se réinsérer dans la société et à devenir des membres actifs de la communauté. Cette approche vise globalement à restaurer toutes les relations endommagées par le crime, plutôt que de se limiter à la punition.
La justice pénale traditionnelle repose sur les théories rétributive et de resocialisation. La théorie rétributive considère l'infliction d'un préjudice pour compenser le crime comme l'essence même de la punition, faisant de celle-ci son objectif. Cependant, la hausse persistante de la criminalité met en lumière le problème que pose cette théorie : elle se concentre principalement sur la punition des crimes et des délinquants a posteriori, en accordant peu d'importance à la prévention. La théorie de la réhabilitation, quant à elle, conçoit la punition comme le but du retour du délinquant au sein de la société en tant que membre à part entière. Bien que cette théorie mette l'accent sur la réforme du comportement antisocial du délinquant par la punition et l'éducation afin de prévenir de futurs actes criminels, elle a également été critiquée en raison de l'augmentation des taux de récidive. De plus, il a été avancé que les systèmes de justice pénale fondés sur les théories rétributive ou de resocialisation accordent peu d'importance aux victimes ou à la communauté locale car, dans les litiges, l'État agit au nom de la victime et se concentre sur la relation entre l'État et le délinquant.
La justice restaurative aborde fondamentalement le crime sous un angle différent. Alors que la conception traditionnelle perçoit le crime comme un acte de rébellion contre l'État et une violation de la loi, la justice restaurative le considère comme un acte destructeur pour les individus et les relations humaines. Jusqu'à présent, la justice pénale s'est principalement concentrée sur le délinquant, la loi enfreinte et la punition, ignorant la victime et résolvant les problèmes par des batailles juridiques entre l'État et le délinquant, menées par des représentants dans une relation de concurrence. La justice restaurative, quant à elle, met l'accent sur la victime et la réparation du préjudice subi. Cette approche fondamentale repose sur le dialogue et l'accord, obtenus grâce à la participation volontaire de la victime, du délinquant et des membres de la communauté, notamment un médiateur. Selon cette théorie, lorsque le délinquant entend directement le récit de la victime et éprouve des remords, ses émotions et ses attitudes évoluent, et grâce à ce changement, la victime peut également guérir et se transformer. La justice restaurative vise la guérison par les excuses, la restitution, le pardon et la réconciliation, et considère la communauté lésée par le crime à la fois comme sujet de réparation et actrice de la résolution du problème.
Par exemple, en Nouvelle-Zélande, les programmes de justice réparatrice destinés aux jeunes délinquants ont rencontré un vif succès. Grâce à ces programmes, les jeunes prennent conscience de l'impact de leurs actes sur la communauté et les individus, ce qui favorise leur sens des responsabilités et a permis de réduire considérablement le taux de récidive. De plus, dans certains États américains, des cas où la justice réparatrice a été appliquée dans des affaires de violence conjugale ont été rapportés. Elle a permis aux victimes et aux auteurs de violences de nouer de meilleures relations et de rétablir la stabilité familiale.
De plus, la justice restaurative ne se limite pas à rétablir les relations entre les individus ; elle jette les bases d’une collaboration fructueuse entre les victimes, les auteurs d’infractions et la communauté. Par exemple, en Norvège, la justice restaurative est mise en œuvre pour proposer divers programmes éducatifs en milieu carcéral, aidant ainsi les détenus à acquérir les compétences nécessaires à leur réinsertion sociale. Cette approche contribue à promouvoir la sécurité et la paix dans toute la société.
La justice restaurative ne peut se substituer entièrement aux approches existantes. En Corée du Sud, elle est actuellement appliquée principalement comme mesure complémentaire au système de justice pénale. Néanmoins, la justice restaurative est importante car elle offre aux auteurs d'infractions la possibilité d'être pardonnés et aux victimes celle de se reconstruire. Cette approche dépasse la simple punition du crime ; elle ouvre la voie à la reconstruction et à la guérison collectives des victimes, des auteurs d'infractions et de la communauté. Par conséquent, le développement et l'application de la justice restaurative pourraient transformer en profondeur le système de justice pénale de demain.
Cette approche de justice réparatrice a le potentiel d'induire des changements majeurs dans notre système de justice pénale. Dépassant la simple conception du crime comme un problème juridique, cette approche – qui privilégie la restauration des liens sociaux et de la communauté – peut contribuer à bâtir un système de justice plus humain et inclusif. Si nous parvenons à démontrer l'efficacité de la justice réparatrice par des recherches et des études de cas approfondies, et si des systèmes de soutien juridique et social sont mis en place pour l'ancrer institutionnellement, nous serons en mesure de lutter plus efficacement contre le crime et les préjudices qu'il engendre.
Enfin, un soutien institutionnel est indispensable pour que la justice restaurative s'implante durablement. Outre les réformes législatives, il est important de créer des organismes spécialisés dédiés à la justice restaurative. De plus, il est essentiel de diffuser la philosophie et la méthodologie de la justice restaurative au sein de la société et de susciter l'adhésion et le soutien du public par l'éducation. La diffusion des valeurs et des principes de la justice restaurative dans différents secteurs – tels que les écoles, les lieux de travail et les collectivités locales – contribuera grandement à la prévention de la criminalité et à l'intégration sociale à long terme.
Ainsi, la justice restaurative peut s'imposer comme un outil essentiel qui complète le système de justice pénale existant et favorise la sécurité et la paix dans toute la société. Par conséquent, nous devons poursuivre nos efforts pour l'expansion et le développement de la justice restaurative.