Dans cet article de blog, nous utiliserons la scène de la pilule du film « Matrix » comme point de départ pour explorer le dilemme du choix entre réalité virtuelle et réalité, vérité et mensonge.
La Matrice et l'intuition du choix
Quiconque a vu le film « Matrix » aura du mal à oublier la scène où Morpheus propose les pilules rouge et bleue. Neo avale la pilule rouge sans hésiter, mais si vous étiez à sa place, laquelle choisiriez-vous ? Imaginons un scénario un peu plus intrigant. Et si les pilules dans les mains de Morpheus étaient toutes deux jaunes, la seule différence étant que l’une portait l’inscription « Virtuel » et l’autre « Réalité » ? Le fait que les pilules soient de la même couleur implique que les mondes dans lesquels on pénètre après les avoir avalées sont fondamentalement identiques, et qu’on finit simplement par croire que l’un est la réalité. Dans ce cas, la différence n’existe que dans l’instant du choix.
Dans nos vies, les moments de choix surviennent souvent sans prévenir et peuvent avoir des conséquences insignifiantes ou importantes. À chaque instant, consciemment ou inconsciemment, nous attribuons une valeur à nos choix. Puisqu'un choix n'est pas un simple pile ou face, il est lié au sens qu'il crée. Revenons à l'exemple des deux pilules jaunes. Nombreux sont ceux qui choisiraient la pilule « réalité », intuitivement persuadés que la « réalité » est supérieure, mais cette croyance n'est peut-être qu'une habitude ou une préférence inconsciente. Par conséquent, avant de choisir la pilule « réalité », il est essentiel de réfléchir de manière critique à la signification des termes « virtuel » et « réalité », ainsi qu'aux valeurs qu'ils incarnent. Face à différents scénarios, si aucune différence claire de valeur ou de fonction n'apparaît entre le virtuel et la réalité après le choix, il n'existe aucun critère précis permettant de déterminer quelle option est la « bonne ».
Questions philosophiques relatives au virtuel et au réel
L'auteur d'un article soutient que, face à l'absence de différence future, il convient de choisir la « réalité », car elle reflète l'état antérieur au choix. Selon lui, le virtuel, imitation du réel, lui est subordonné, tandis que le réel possède une indépendance et une valeur intrinsèque. Il ajoute que, puisque le virtuel reproduit le réel, sa finalité réside dans ce dernier, mais que le réel, lui, a une valeur intrinsèque, aboutissant à la conclusion que « le réel est réel, et le virtuel est illusoire ».
Cependant, au sens littéral du dictionnaire, le terme « virtuel » est généralement défini comme un « phénomène illusoire qui n'existe pas réellement ». Selon cette définition, le virtuel peut être perçu non pas comme une simple réplique imitant l'original, mais comme un phénomène « illusoire » existant indépendamment. Par conséquent, l'idée que le virtuel soit une réplique imitant la réalité n'est pas toujours vérifiée, et le virtuel n'est pas nécessairement un simple conformiste du réel. En résumé, le choix entre le virtuel et le réel ne se résume pas à une opposition entre original et réplique, mais plutôt entre vérité et mensonge ; c'est pourquoi l'argument présenté précédemment – selon lequel « la réalité est indépendante et possède une valeur intrinsèque » – est difficilement justifiable.
De plus, nous avons postulé dès le départ que « les deux mondes remplissent la même fonction et qu’après avoir fait un choix, nous accepterons ce monde comme réalité ». Si cette prémisse est vérifiée, toute différence de valeur distincte – que ce soit entre le réel et le virtuel, ou entre le vrai et le faux – disparaît. Les êtres humains reçoivent des signaux par leurs sens, lesquels sont finalement traités par le cerveau pour générer des pensées et des souvenirs. Si les deux mondes sont identiques en forme et en fonction, ces pensées et ces souvenirs proviennent du même substrat, ce qui signifie qu’aucune différence essentielle n’existe entre eux.
Il existe cependant des contre-arguments.
Certains affirment qu'une différence existe selon que le corps et l'esprit sont alignés ou non. Leur raisonnement est le suivant : si dans la réalité le corps et l'esprit coexistent dans le même monde, dans le monde virtuel, l'esprit est séparé du corps et évolue dans un univers distinct – et cette distinction est cruciale. Bien sûr, l'importance de l'expérience directe vécue par le corps ne saurait être négligée. Cependant, on peut également considérer les avantages : par exemple, des expériences plus intenses seraient possibles lorsque le corps et l'esprit sont séparés, ou le monde virtuel pourrait offrir de nouvelles libertés aux personnes en situation de handicap physique.
Un autre contre-argument souligne que croire au virtuel comme au réel revient à « croire un mensonge comme étant la vérité ». Aussi similaires que puissent paraître les deux mondes, accepter le virtuel comme réalité revient à traiter l'invraisemblable comme vrai, ce qui est problématique. Cependant, croire à un mensonge n'entraîne pas toujours de conséquences négatives. Ce n'est pas un hasard si l'on parle de « petit mensonge » ou de « l'ignorance est un bonheur ». Par exemple, pour des parents ayant caché l'adoption pendant 20 ans, apprendre la vérité durant l'enfance peut être un choc insupportable ; il existe donc des situations où maintenir le mensonge est préférable. Le choc provoqué par la révélation de la vérité est souvent plus grand que le simple fait d'avoir « croyé à un mensonge », car cela signifie que les croyances construites au fil du temps s'effondrent. De plus, dans le cadre de nos hypothèses, il est possible que la personne ayant fait ce choix ne réalise jamais plus tard l'existence d'une réalité distincte et véritable, différente de celle qu'elle perçoit.
En fin de compte, le choix entre deux mondes quasi identiques peut sembler se résumer à une opposition entre « réel et illusion », mais compte tenu des prémisses évoquées précédemment, la distinction entre vérité et mensonge perd de son importance. Si l'on considère que le monde virtuel n'est pas nécessairement une réplique de la réalité, mais peut constituer une entité indépendante, et qu'il n'y a aucune différence fonctionnelle entre les deux tant que le monde dans lequel on accède après avoir fait son choix est perçu comme la réalité, il devient difficile de déterminer avec certitude quel choix est le bon. Par conséquent, ce qui importe dans cette situation, ce n'est pas un jugement objectif de supériorité, mais les valeurs de chacun. À présent, je vous pose la question : selon vos valeurs, quelle pilule jaune choisiriez-vous — la réalité ou le monde virtuel ?