Peut-on expliquer la criminalité humaine par l’évolution ?

Dans cet article de blog, nous examinons en profondeur si la criminalité humaine — et plus particulièrement le viol — peut être expliquée du point de vue de la psychologie évolutionniste.

 

Les êtres humains agissent selon une série de processus – perception, prise de décision et action – et l'un des principaux objectifs de la psychologie est d'explorer les raisons qui nous poussent à prendre certaines décisions. La psychologie évolutionniste est le domaine qui postule l'existence de facteurs évolutifs sous-jacents à ces processus décisionnels.
La psychologie évolutionniste interprète divers comportements humains dans une perspective évolutionniste. Par exemple, elle considère la préférence masculine pour les femmes plus jeunes non comme une simple préférence personnelle, mais comme une adaptation biologique apparue au cours de l'évolution afin d'assurer une descendance plus saine et un meilleur succès reproductif. De plus, certains psychologues évolutionnistes tentent d'interpréter le viol lui-même comme une stratégie reproductive. Ils soutiennent que les mâles considérés comme inférieurs, désavantagés en matière de reproduction, ont eu recours au viol pour transmettre leurs gènes, et que ce comportement est une adaptation évolutive.
Cependant, peut-on véritablement expliquer tous les comportements humains uniquement par une perspective évolutionniste ? Peut-on comprendre le comportement humain comme le simple résultat d’impulsions instinctives ? ​​Cette approche soulève diverses questions philosophiques et éthiques.
Premièrement, le viol est un acte immoral et criminel qui consiste à imposer un rapport sexuel à une autre personne sans son consentement. Certes, l'attirance ou le désir sexuel entre hommes et femmes relève, dans une certaine mesure, d'une pulsion inconsciente et peut s'expliquer biologiquement. Ce désir sexuel lui-même peut probablement être expliqué, au moins en partie, dans le cadre de la psychologie évolutionniste. Cependant, la pulsion de viol existe-t-elle également inconsciemment ? Cela impliquerait que les humains sont instinctivement « conçus » pour adopter un tel comportement, et une telle affirmation soulève de graves problèmes éthiques.
Certains animaux pratiquent la copulation forcée pour se reproduire. Par exemple, le chien errant possède des organes reproducteurs spécialisés dans la production de descendants et s'accouple d'une manière qui s'apparente à un viol. Se basant sur de tels exemples, certains avancent que les humains ont pu développer des caractéristiques similaires au cours de l'évolution. Cependant, il est injuste de comparer les humains et les animaux sur un pied d'égalité ou d'interpréter l'adaptation de la même façon. En effet, les humains sont des êtres dotés de libre arbitre. Par conséquent, appliquer le concept d'« adaptation » évolutive aux humains requiert des considérations d'un tout autre ordre que celles appliquées aux animaux.
Le libre arbitre désigne la capacité humaine de penser de manière indépendante, de maîtriser son propre corps et de porter des jugements rationnels sur ses désirs et pulsions. Bien entendu, les besoins physiologiques fondamentaux tels que la faim ou le désir sexuel sont des signaux envoyés par le corps au cerveau. Toutefois, ces signaux n'obligent pas nécessairement l'individu à accomplir des actions spécifiques. Si les désirs peuvent influencer les choix, le pouvoir de décision appartient en définitive à la volonté de chacun.
Prenons l'exemple du désir sexuel. La plupart des êtres humains éprouvent le désir de se reproduire, ce qui engendre naturellement le désir sexuel. Cependant, les individus répriment ou satisfont ces désirs de manière appropriée en fonction des normes sociales et des principes éthiques. Si le viol était considéré comme un trait évolutif au même titre que le désir sexuel, on pourrait avancer qu'il est lui aussi latent chez l'être humain, certains le réprimant tandis que d'autres le laissent s'exprimer. Or, cette prémisse est manifestement erronée.
Il est fondamental de distinguer le désir sexuel et l'impulsion à violer. Le désir sexuel est une simple pulsion biologique qui peut être satisfaite avec le consentement de l'autre personne. En revanche, le viol est un acte violent et immoral commis sans le consentement d'autrui ; c'est un acte concret qui porte atteinte aux droits physiques et mentaux d'une autre personne. La différence décisive entre les humains et les animaux réside précisément dans la capacité de réfléchir rationnellement à de tels désirs et de faire des choix. Les humains ne sont pas des êtres uniquement guidés par l'instinct. Ce sont des êtres supérieurs, capables de discerner rationnellement le bien du mal et de déterminer leurs actions. Par conséquent, affirmer qu'un « désir de violer » est inné et simplement refoulé est une erreur qui remet gravement en cause la valeur de la rationalité humaine.
Un argument avancé par les psychologues évolutionnistes est que les hommes en situation de désavantage reproductif auraient opté pour le viol comme stratégie de transmission de leurs gènes, et que ce comportement se serait transformé au fil du temps en une sorte de trait adaptatif. Cependant, même si un homme éprouve un désir sexuel plus intense du fait de son désavantage reproductif, c'est son libre arbitre qui détermine s'il commet ou non le crime de viol. Les êtres humains ne sont ni des animaux, ni de simples êtres mécaniques réagissant aux stimuli de leur environnement.
Par exemple, lorsqu'une vache a faim, elle broute l'herbe qui l'entoure. Elle ne se demande pas si elle va manger de l'herbe ou de la viande. En effet, les vaches agissent par instinct. C'est l'ordre naturel des choses, et cela peut être le fruit de l'adaptation. En revanche, les humains font des choix et portent des jugements face à la nourriture, et peuvent même décider de ne pas manger en fonction de leurs convictions ou de leur éthique. Ainsi, le comportement humain ne peut se réduire à un simple produit de l'adaptation.
Certains chercheurs considèrent le viol comme une pathologie psychologique et affirment que les violeurs se trouvent dans un état où il leur est difficile de raisonner de manière rationnelle. Autrement dit, le viol serait un symptôme pathologique, au même titre que le trouble du contrôle des impulsions ou le trouble de la personnalité antisociale. Cependant, il convient de reconsidérer ici la notion de « maladie ». Une maladie est généralement un état qui altère les fonctions physiques ou mentales et diminue la qualité de vie. Il est absurde de prétendre qu'un tel état pathologique puisse contribuer à la transmission efficace des gènes humains. La maladie est un problème à surmonter, non un produit de l'adaptation. Traiter le viol comme une pathologie ne justifie en rien l'idée qu'il s'agisse d'un trait adaptatif.
En définitive, bien que le débat sur la question de savoir si le viol est une adaptation soit distinct de celui de sa justification, l'hypothèse selon laquelle le viol serait une adaptation évolutive – comme le soutient la psychologie évolutionniste – présente néanmoins des failles éthiques et logiques. Affirmer que le viol est un trait adaptatif revient à nier le libre arbitre et le jugement moral humains. Si les êtres humains sont « programmés » pour agir sous l'effet de caractéristiques spécifiques, ils ne peuvent plus être considérés comme des êtres moraux. Or, cette affirmation menace les fondements mêmes de l'existence humaine.
Par conséquent, les êtres humains ne sont pas de simples êtres mus par des instincts biologiques, mais des êtres dotés d'un jugement social et moral complexe. Si le cadre explicatif proposé par la psychologie évolutionniste peut s'avérer valable pour certains comportements physiologiques, il est difficile de l'appliquer directement à tous les comportements. Cela est particulièrement vrai pour des questions éthiques graves telles que le viol.
Pour ces raisons, il est difficile de considérer le viol comme un trait adaptatif génétiquement inhérent à l'être humain. En effet, l'être humain est capable de choix et de discernement, et surtout, il possède le libre arbitre. Le viol n'est pas le fruit de l'instinct, mais d'un jugement et d'un choix erronés. Par conséquent, nous devons rejeter fermement l'idée que le viol soit une adaptation et reconnaître clairement qu'il s'agit d'une interprétation déformée, fondée sur une prémisse erronée.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.