La considération morale est-elle déterminée par la réceptivité ou par la relation ?

Cet article de blog explore en profondeur les critères d'une communauté morale — y compris les états végétatifs — en comparant la réceptivité, la conscience phénoménale et les perspectives relationnelles.

 

Les membres de la communauté morale, en tant qu'entités soumises à la considération morale, se divisent en agents moraux et patients moraux. Les agents moraux sont les sujets d'actions morales, capables d'assumer la responsabilité des conséquences de leurs actes. À l'inverse, les passifs moraux sont des êtres incapables d'action morale, dépourvus de raison ou de conscience de soi, comme les nourrissons. Pourtant, il est évident que les nourrissons sont des sujets de considération morale. En effet, même les nourrissons possèdent une capacité de réaction – la capacité d'éprouver du plaisir ou de la douleur. Puisqu'ils éprouvent du plaisir ou de la douleur, ils ont un intérêt moral à les rechercher ou à les éviter, et devraient donc être des sujets de considération morale.
De nombreux philosophes, dont Singer et Curd, utilisent la sensibilité comme critère de considération morale pour cette raison. Singer soutient que les animaux, comme les nourrissons, possèdent une sensibilité et devraient donc être inclus dans la communauté morale. Curd, en revanche, exclut les animaux de cette communauté en exigeant une conscience supérieure comme norme de la sensibilité. Suivre ce raisonnement reviendrait à exclure également les nourrissons de toute considération morale. On pourrait arguer que les nourrissons sont des membres potentiels, car une telle conscience finira par émerger. Cependant, le problème se pose avec les états végétatifs persistants et irréversibles, qui sont dépourvus même de ce potentiel. On considère que les patients en état végétatif sont dépourvus non seulement de conscience supérieure, mais aussi de sensibilité. Devraient-ils alors être exclus de la communauté morale ?
L'idée communément admise que les patients en état végétatif sont inconscients découle d'observations behavioristes selon lesquelles ils ne réagissent à aucun stimulus. Cette observation en conclut que les patients en état végétatif sont dépourvus d'expérience qualitative du stimulus, c'est-à-dire de conscience phénoménale. Or, une personne dépourvue de conscience phénoménale serait dépourvue de réactivité. Cependant, l'absence de réactivité n'implique pas nécessairement l'absence de conscience phénoménale. En d'autres termes, les concepts de conscience phénoménale et de réactivité ne sont pas identiques. En effet, on peut éprouver une sensation qualitative passive de recevoir des informations sensorielles, même si ces informations sont dépourvues de signification active, positive ou négative, par rapport aux stimuli externes. La réactivité, en revanche, inclut un aspect actif – le désir de rechercher ou d'éviter ces informations – au-delà de la dimension passive. Puisque cela implique la capacité de se soucier de la manière dont on est traité, les philosophes qui utilisent la réactivité comme critère de considération morale estiment que cette considération morale devrait s'étendre à ces individus. Les états mentaux non pris en compte par les critères behavioristes ne sont pas considérés comme des objets de considération morale.
Dès lors, les patients en état végétatif, dépourvus de réactivité et ne possédant qu'une conscience phénoménale, ne méritent-ils pas une considération morale ? Certains soutiennent que la considération morale ne se fonde pas sur les attributs moraux d'une entité, mais sur la relation concrète qu'un agent moral entretient avec elle. Divers êtres interagissent au quotidien, et l'appartenance à la communauté morale est déterminée par ces relations. Toutefois, cette approche relationnelle risque de justifier une discrimination qui privilégie les traitements fondés sur des liens plus étroits, tels que l'origine ethnique ou le sexe. De plus, elle soulève le problème qu'une même personne en état végétatif puisse appartenir à la communauté morale dans une relation spécifique et pas dans une autre. En définitive, pour considérer moralement les patients en état végétatif, il nous faut identifier chez eux des attributs moralement significatifs.
Imaginez une personne totalement dépourvue de perception sensorielle, ne possédant que l'aspect passif de la conscience phénoménale – une personne atteinte de paralysie sensorielle. Bien qu'elle possède une conscience phénoménale, elle ne ressent aucune douleur et ne crie pas lorsqu'un clou lui transperce le pied. Cependant, contrairement à ce qui se passe lorsqu'elle marche dans un environnement sûr, elle est informée qu'un incident s'est produit à son pied. À première vue, cet état semble dépourvu d'un élément essentiel pour être considéré comme un sujet de réflexion morale. Pourtant, la personne atteinte de paralysie sensorielle illustre en réalité un aspect de la vie quotidienne d'un être humain réactif. Par exemple, une personne qui utilise un clavier d'ordinateur depuis longtemps peut taper un document sans regarder quelle touche correspond à quelle lettre. Cette personne n'est pas dans un état nécessitant une attention active particulière, mais plutôt dans un état de conscience passive où les informations provenant des stimuli externes sont minimalement perçues. L'argument selon lequel cet état ne peut être considéré moralement simplement parce que son degré est minimal n'est pas convaincant. De même, si un patient en état végétatif, bien qu'incapable de ressentir de la douleur, possède toujours un état de conscience subjectif, cela suggère qu'il y a place pour son acceptation au sein de la communauté morale.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.