Les entreprises sont tentées de s'entendre pour maximiser leurs profits. Mais un certain nombre de mesures réglementaires, notamment le système de renouvellement, peuvent contribuer à les en empêcher.
De nombreuses actualités et informations économiques surgissent régulièrement, qu'il vaut mieux oublier, ce qui peut être agaçant pour les personnes occupées. L'une des infractions économiques les plus courantes est la collusion. La collusion est particulièrement fréquente sur les marchés oligopolistiques, où quelques entreprises géantes contrôlent la majeure partie du marché. Contrairement à d'autres structures de marché, les entreprises en situation d'oligopole interagissent comme dans un jeu pour définir leur stratégie. Dans ce processus interactif, les entreprises savent qu'un petit nombre de concurrents dominent le marché et qu'elles ne peuvent pas réaliser de profits importants en se faisant concurrence par des prix cassés. Elles élaborent donc des stratégies en anticipant les réactions des autres entreprises à leurs actions.
Dans un marché oligopolistique, les entreprises sont fortement tentées de négocier et de fixer le prix et la quantité de leurs biens afin d'éviter une concurrence féroce. Le risque de céder à la tentation de la collusion est alors considérable. La collusion consiste à restreindre la concurrence effective et à obtenir un avantage indu en fixant les prix ou en limitant le nombre de partenaires commerciaux par le biais de contrats ou d'accords. Il s'agit d'une perturbation manifeste de l'ordre du marché et d'un avantage indu, ce qui explique l'indignation générale suscitée par les ententes entre entreprises et la législation coréenne interdisant et sanctionnant ces pratiques.
Alors, comment éliminer la collusion ? Commençons par un exemple amusant avant de donner une réponse. Deux personnes, A et B, ont commis un crime et sont arrêtées comme suspectes. Elles sont séparées dans des salles d'interrogatoire différentes pour être interrogées. Elles ne peuvent pas communiquer entre elles, et A et B peuvent choisir l'une des deux stratégies suivantes : avouer ou garder le silence. La police propose de les condamner toutes les deux à cinq ans de prison si elles avouent toutes les deux, et à un an chacune si elles gardent le silence. La police propose également de libérer l'une des deux personnes si elle avoue et que l'autre garde le silence, et de condamner l'aveu à neuf ans de prison si elle garde le silence.
L'exemple ci-dessus est un problème de théorie des jeux développé par le professeur Albert Tucker de l'université de Princeton, communément appelé « dilemme du prisonnier ». La solution à ce problème peut être facilement analysée par un raisonnement logique plutôt que par une approche théorique complexe. Reprenons la situation et mettons-nous à la place de A. A ne peut pas facilement prédire la stratégie de B, mais la sienne est évidente. Si B avoue et que A garde le silence, A sera condamné à 9 ans de prison, tandis que B sera libéré ; si A avoue, A et B seront tous deux condamnés à 5 ans de prison. De plus, même si B garde le silence, A préférera être libéré s'il avoue plutôt que d'être condamné à 1 an de prison s'il garde le silence. Autrement dit, quel que soit le choix de B, A choisira la stratégie d'aveu qui lui est favorable. De même, on peut en déduire que B finira par choisir la stratégie d'aveu. En conclusion, A et B avoueront tous deux par intérêt personnel, même s'ils savent que la meilleure stratégie est de ne pas avouer. Pour tous deux, c'est le silence, et tous deux finiront par connaître le pire des scénarios possibles : une peine de 5 ans chacun, soit 10 ans au total.
Nous souhaitons nous concentrer sur une application concrète de ce phénomène intéressant du dilemme du prisonnier, et plus précisément sur le « système de récompense », créé pour lutter contre la collusion entre entreprises. Ce système vise à inciter les entreprises qui se livrent à des pratiques collusoires nuisibles à l'économie de marché à les signaler volontairement. La première entreprise à signaler une collusion bénéficie d'une exemption ou d'une réduction des sanctions, telles que les amendes, ce qui permet de limiter les tentatives de collusion, souvent difficiles à détecter en raison de leur nature sournoise, car les entreprises peuvent dénoncer l'autre entreprise. Le gouvernement coréen a instauré ce programme en 1997 et l'a mis en œuvre en 2005. Les avantages de l'auto-déclaration comprennent une exemption totale d'amende pour la première entreprise à se signaler et une réduction de 50 % pour la seconde. Il s'agit là d'une situation classique de dilemme du prisonnier.
En appliquant la méthodologie décrite ci-dessus, on constate qu'il est dans l'intérêt des sociétés A et B de procéder à une auto-déclaration. Cela les incite fortement à éviter les amendes et encourage les entreprises impliquées à se désolidariser. Cependant, comme pour la plupart des systèmes, le système de linéarité présente un inconvénient majeur. Les grandes entreprises bien informées sont souvent les premières à se livrer à des ententes illicites et sont également les premières à être exemptées d'amendes, ce qui favorise la répétition de ces ententes. De plus, le système est fondamentalement vicié car l'entreprise à l'origine de la collusion bénéficie d'un avantage certain lorsqu'il s'agit de fournir des preuves cruciales dans le cadre d'une auto-déclaration ; or, il s'agit souvent de l'entreprise détenant la plus grande part de marché. Face aux critiques, le gouvernement a annoncé une version révisée du système qui ne prévoit aucune immunité en cas de collusion répétée sur une période donnée et ne profite pas aux déclarants secondaires. Les procureurs ont également clairement indiqué qu'ils enquêteraient sur les entreprises ayant utilisé le système de linéarité si l'infraction est suffisamment grave.
L'exemple ci-dessus illustre concrètement l'application de la théorie des jeux au système de renouvellement. Aujourd'hui, la théorie des jeux est devenue une théorie mathématiquement intégrée, applicable à tous les domaines de la société pour analyser le comportement humain, la prise de décision, ainsi que la formulation et la mise en œuvre de stratégies de toutes sortes. Son potentiel est immense. Dans le contexte actuel d'incertitude et d'interrogations constantes sur l'avenir, la théorie des jeux mérite une attention et des efforts accrus, car elle nous fournit des outils permettant de prendre des décisions éclairées et rationnelles.