Pourquoi un manque de confiance en soi vous pousse-t-il à sortir votre portefeuille en premier ?

Cet article de blog examine calmement comment la privation émotionnelle est compensée par les dépenses et le shopping, en explorant la structure psychologique où une faible estime de soi conduit à la consommation et le processus par lequel elle se transforme en dépenses compulsives.

 

Les émotions qui alimentent la consommation

Diverses émotions sont à l'origine des dépenses excessives. L'anxiété, le sentiment d'isolement, les tensions interpersonnelles, l'utilisation de la carte de crédit et la tristesse sont des facteurs déclencheurs récurrents de dépenses excessives. Cependant, la présence de ces émotions n'implique pas que tout le monde dépense de la même manière. Même face aux mêmes stimuli émotionnels, certaines personnes dépensent systématiquement plus que d'autres. Cette différence ne tient pas seulement au déclencheur lui-même, mais aussi à une structure psychologique plus fondamentale.
L'anxiété, la tristesse ou l'utilisation excessive des cartes de crédit ne sont que des facteurs déclencheurs de dépenses excessives ; elles n'en sont pas la cause profonde. À l'origine des dépenses excessives se cachent des facteurs psychologiques plus profonds et persistants. Pour en identifier les racines, il est nécessaire d'examiner le développement de l'individu, et plus particulièrement la structure psychologique qui s'est formée durant l'enfance.
L'estime de soi forgée durant l'enfance exerce une influence durable sur les comportements et les choix d'un individu tout au long de sa vie. La perception d'« être une personne de valeur » et la résilience psychologique permettant de se relever après un échec sont largement façonnées par les expériences vécues durant les années formatrices. Cette estime de soi n'est pas une simple confiance en soi, mais une attitude fondamentale quant à la manière dont on évalue sa propre existence. La professeure Kwak Geum-ju, du département de psychologie de l'Université nationale de Séoul, définit l'estime de soi comme un jugement de valeur porté sur son propre être. L'estime de soi renvoie à une auto-évaluation positive qui reconnaît sa propre valeur.
L'estime de soi est étroitement liée à la perception de son apparence et à la satisfaction des relations interpersonnelles. Les personnes ayant une haute estime d'elles-mêmes ressentent une satisfaction relativement stable quant à leur apparence et leurs relations. À l'inverse, celles qui ont une faible estime d'elles-mêmes ont tendance à se percevoir comme sans valeur et à s'appuyer sur des facteurs externes pour compenser ce manque. Dans ce cas, la consommation devient un moyen de compenser ce manque et de prouver sa valeur.
La psychologue clinicienne et conseillère financière Olivia Melan explique que le manque de confiance en soi est souvent à l'origine des dépenses excessives. S'appuyant sur sa propre expérience, elle souligne que lorsque l'amour s'exprimait par des biens matériels durant l'enfance, la consommation peut se substituer à l'affection. Plus l'estime de soi est faible, plus la tendance à combler un vide intérieur par la consommation est forte, se manifestant par une tentative d'embellir son apparence pour compenser une anxiété psychologique.
Paco Underhill, psychologue de la consommation de renommée mondiale et PDG d'In-Vero Cell, établit également un lien entre la psychologie de la consommation chez les adolescents et l'estime de soi. L'adolescence est une période où l'identité personnelle n'est pas encore établie, ce qui entraîne une dépendance accrue à l'égard de l'image extérieure. C'est une étape où les individus nourrissent l'espoir que certains comportements de consommation les transformeront en des personnes totalement différentes.
Cette réaction s'apparente également aux mécanismes de défense biologiques. La tendance à se mettre en valeur de façon excessive ou à exagérer lorsqu'on se sent menacé se manifeste de manière identique chez l'être humain. Plus l'estime de soi est faible, plus le besoin psychologique de se protéger par des artifices extérieurs est fort.

 

Le Moi réel et le Moi idéal

L'adolescence est connue pour être la période du cycle de vie où l'estime de soi est la plus faible. Durant cette phase, les enfants sont sensibles au jugement extérieur et recherchent fortement la confirmation de leur valeur personnelle par des facteurs externes. Le comportement obsessionnel consistant à s'intéresser de manière compulsive à la livraison de colis peut également s'expliquer dans ce cadre psychologique. L'arrivée d'un objet n'est pas un simple acte de consommation ; c'est un événement symbolique qui compense temporairement un manque d'estime de soi.
En chaque individu, le moi réel et le moi idéal coexistent. Le moi réel correspond à ce que l'on est aujourd'hui, tandis que le moi idéal est l'image que l'on se fait de ce que l'on aspire à devenir. Cet écart entre les deux existe pour tous, mais plus l'estime de soi est faible, plus cet écart paraît grand. La consommation est alors utilisée pour tenter de le combler. Lorsque l'estime de soi est basse, les exigences envers le moi idéal augmentent, amplifiant le désir de consommer pour se rapprocher du moi réel. Cependant, la consommation ne peut fondamentalement résoudre cet écart.

 

La satisfaction tirée du shopping est éphémère.

Lorsque ce mode de consommation se répète depuis l'adolescence, le risque qu'il se transforme en addiction aux dépenses à l'âge adulte augmente considérablement. Le professeur Kwak Geum-joo explique que ce cycle de consommation répétée, visant à restaurer une estime de soi affaiblie, finit par ancrer les dépenses excessives. Si la consommation procure un regain d'estime de soi temporaire, cet effet est éphémère et engendre au contraire une consommation encore plus importante.
Martin Lindstrom souligne que le shopping est directement lié à la libération de dopamine. La dopamine, un neurotransmetteur responsable de la récompense et du plaisir, est libérée lors de diverses activités stimulantes, dont le shopping. La pratique répétée du shopping déclenche de manière habituelle cette réponse neuronale, ce qui peut mener à une dépendance.
Le psychiatre Kim Byung-hoo identifie la privation affective comme la principale cause de l'addiction aux achats. Le manque d'affection durant l'enfance, le sentiment d'isolement dans les relations actuelles et une faible estime de soi sont autant de facteurs qui augmentent le risque de développer une addiction aux achats.
Aux États-Unis, on estime qu'environ 10 % de la population est accro au shopping, et une part importante de cette population est féminine. Olivia Melan analyse que la société américaine est profondément dépendante d'un système de consommation qui recherche la gratification instantanée. Cette culture de consommation privilégie les récompenses immédiates à une satisfaction plus durable et se propage à d'autres pays.

 

La consommation addictive est une maladie qui nécessite un traitement

La surconsommation répétée peut mener à une dépendance. L'Association américaine de psychiatrie propose plusieurs critères pour diagnostiquer la dépendance aux achats, et quelques questions suffisent pour évaluer les tendances de consommation d'une personne. L'incapacité à contrôler ses achats, le sentiment de culpabilité, l'augmentation des dépenses, le fait de dissimuler ses achats et les difficultés financières sont des indicateurs typiques de cette dépendance.
Dans un cas réel, Mme Han Ji-hye dépensait des millions de wons par mois, augmentant progressivement les limites de ses cartes de crédit. Ses dépenses étaient sans rapport avec des besoins pratiques ; elle achetait sans cesse les mêmes articles et accumulait de nombreux biens inutilisés. Malgré des regrets après chaque achat, elle se justifiait rapidement, créant ainsi un cercle vicieux de dépenses compulsives.
Son enfance a été marquée par le divorce de ses parents et par la précarité financière. Le manque d'amour et de soutien durant cette période a engendré une faible estime de soi, qui s'est traduite à l'âge adulte par une tentative de compenser ce manque par la consommation. Le shopping est devenu pour elle un substitut à l'amour et une source de réconfort.
Pour Kim Byeong-hu, spécialiste du traitement de la dépendance, le point de départ est la prise de conscience de son impuissance. La dépendance aux achats peut dépasser le cadre individuel et entraîner l'effondrement économique et émotionnel de toute la famille ; il est difficile de la surmonter sans aide extérieure.

 

Consommation matérielle VS Consommation expérientielle

Tout comme un parapluie vous protège de la pluie, le meilleur moyen de se prémunir contre les assauts du marketing est de cultiver l'estime de soi. L'idée que consommer davantage engendre le bonheur semble intuitivement plausible, mais elle n'est pas forcément vraie. La professeure Hong Eun-sil, du département d'écologie humaine et de bien-être de l'université nationale de Chonnam, qui étudie depuis longtemps le lien entre consommation et bonheur, le souligne clairement.
Selon la professeure Hong Eun-sil, les individus consomment pour éprouver de la satisfaction. Personne ne consomme pour être malheureux. La consommation est, par essence, un acte visant à atteindre le bonheur. Toutefois, le point crucial est que le fait que le bonheur découle de la consommation n'implique pas qu'une augmentation proportionnelle de la consommation accroisse le bonheur. Le fait que la consommation soit un moyen d'accéder au bonheur et l'affirmation selon laquelle une consommation accrue garantit un bonheur accru sont deux choses totalement différentes.
En réalité, consommation et bonheur ne sont jamais liés par une simple proportionnalité. Afin de déterminer quel type de consommation engendre un bonheur plus durable, l'équipe de recherche a conçu une expérience spécifique.
Dans une étude conjointe menée par l'équipe de recherche du professeur Kwak Geum-joo, du département de psychologie de l'Université nationale de Séoul et d'EBS, la corrélation entre consommation et bonheur a été étudiée pour la première fois auprès de 110 élèves de CE2 et CM1. Douze enfants ayant obtenu des scores moyens ont été sélectionnés et répartis en deux groupes de six. Les deux groupes ont reçu la même somme d'argent à dépenser : 50 000 wons par personne.
L'objectif principal de l'étude était d'inciter les enfants à dépenser une même somme d'argent de différentes manières. Un groupe était axé sur la consommation matérielle, l'autre sur la consommation expérientielle. Les enfants du groupe A, celui de la consommation matérielle, pouvaient choisir et acheter librement les articles qu'ils désiraient. Dans la limite de 50 000 wons, ils achetaient des peluches, des carnets de croquis, des ballons de football, des livres et des jouets selon leurs préférences, sans aucune restriction.
Pendant ce temps, le groupe axé sur la consommation expérientielle, l'équipe B, s'est rendu sur l'île de Ganghwa. Ils ont utilisé les mêmes 50 000 wons pour vivre diverses expériences. Ils ont pêché eux-mêmes des poulpes dans les vasières et dégusté des fruits de mer grillés, une spécialité rare en ville. Ils ont également visité des sites historiques locaux pour s'imprégner d'histoire. La consommation de ce groupe était axée sur l'accumulation d'expériences plutôt que sur la possession d'objets.
Les chercheurs ont interrogé les enfants des deux groupes sur leurs impressions immédiatement après leurs achats. Les enfants du groupe « consommation matérielle » ont également indiqué s'attendre à ce que leur satisfaction dure longtemps, et ceux du groupe « consommation expérientielle » ont manifesté des attentes similaires. Sur la base des seules réactions initiales, aucune différence significative n'a été observée entre les deux groupes.
Cependant, l'intérêt principal de cette expérience résidait dans l'évolution des comportements au fil du temps. Les chercheurs ont convoqué les mêmes enfants trois semaines plus tard afin de mesurer leur niveau de bonheur et de satisfaction. Avant l'expérience, l'équipe A obtenait un score de 31.5 points et l'équipe B de 32.33 points sur l'échelle de bonheur, soit une différence minime. Toutefois, lors d'une nouvelle mesure effectuée trois semaines plus tard, le niveau de bonheur de l'équipe A avait légèrement augmenté pour atteindre 32 points, tandis que celui de l'équipe B avait connu une hausse significative, à 34.83 ​​points. Le groupe ayant participé au voyage d'exploration sur l'île de Ganghwa a affiché un niveau de bonheur statistiquement significativement plus élevé.
La satisfaction a suivi la même tendance. Le niveau de satisfaction du groupe privilégiant la consommation matérielle est resté stable à 27 points, tandis que celui du groupe privilégiant la consommation expérientielle a atteint 29.83 points. Malgré des dépenses identiques, les répercussions émotionnelles au fil du temps ont révélé une nette différence selon le type de consommation.
Le professeur Kwak Geum-ju tire une conclusion importante de ces résultats expérimentaux : la consommation d’expériences enrichissantes laisse un souvenir bien plus durable que l’achat de biens matériels, et la satisfaction et le bonheur qui en découlent perdurent également. Les expériences ne procurent pas un simple plaisir passager ; elles s’accumulent dans la mémoire et l’identité de chacun, constituant un capital émotionnel précieux à long terme.
En fin de compte, ce que les gens désirent généralement dans la vie, c'est le bonheur. Bien sûr, le bonheur est un concept hautement subjectif et difficile à mesurer précisément par des chiffres. Néanmoins, cette expérience apporte des indications importantes sur la manière d'être plus heureux dans une société de consommation capitaliste. Elle montre clairement que le bonheur ne dépend pas de la quantité consommée, mais de la nature et de l'orientation de la consommation, ainsi que du sens qu'elle donne à la vie d'un individu.

 

Réduire le désir accroît le bonheur

Paul Samuelson, professeur au MIT et lauréat du prix Nobel d'économie en 1970, a proposé une formule simple mais profonde pour expliquer le bonheur humain. Il a défini le bonheur comme la « consommation divisée par le désir », considérant le rapport entre consommation et désir comme le facteur déterminant du bonheur. À première vue, cette formule pourrait laisser penser qu'une consommation accrue engendre un plus grand bonheur. En effet, une consommation plus élevée augmente le numérateur, donnant l'impression que le bonheur progresse naturellement.
Cependant, cette formule ne conduit pas à la conclusion simpliste qu'une consommation sans cesse croissante est synonyme de bonheur. En réalité, la consommation est fondamentalement finie. Le temps, l'argent et l'énergie qu'un individu peut consacrer à la consommation sont clairement limités. Quelle que soit l'augmentation des revenus, le niveau de consommation dont une personne peut profiter reste soumis à des limites physiques et psychologiques. Considérer l'expansion de la consommation comme l'unique solution au bonheur, sans tenir compte de ce point, relève de l'erreur fondamentale.
Le désir, contrairement à la consommation, est sans fin. Plus un désir est satisfait, plus il en engendre d'autres ; même une fois la satisfaction atteinte, de nouveaux besoins naissent. Lorsque les désirs deviennent démesurés, aucune consommation ne peut assurer une satisfaction durable. En effet, lorsque tous les désirs sont comblés, il ne reste plus de place pour le bonheur.
Dans ce contexte, la formule de Samuelson permet une interprétation tout à fait différente. Si la consommation ne peut plus être augmentée, ou si son augmentation n'accroît pas le bonheur, alors ce qu'il faut réguler, ce n'est pas la consommation, mais le désir. Même en maintenant le niveau de consommation constant, une simple réduction du désir peut suffire à augmenter l'indice de bonheur. Lorsque le désir diminue, la satisfaction augmente, même à niveau de consommation égal, apportant ainsi un sentiment de stabilité et de sérénité.
Réduire ses désirs accroît en réalité le bonheur. Ce bonheur ne provient pas de la consommation pour combler un manque, mais d'une transformation de notre perception de ce que l'on possède déjà. L'indice de bonheur de Samuelson explique clairement pourquoi, malgré notre consommation incessante, nous ne sommes pas suffisamment heureux. Le problème ne résidait pas dans la quantité consommée, mais dans l'ampleur de nos désirs.

 

Le bonheur dans une société capitaliste de consommation

Vivant dans une société capitaliste, nous avons souvent entendu dire que « la consommation est une vertu ». Acheter plus, consommer plus souvent et posséder des objets plus chers ont été considérés comme des symboles de réussite et de pouvoir. Face au flot incessant de nouveaux produits et aux tentations marketing omniprésentes, nous nous sommes habitués à placer la consommation au centre de nos vies. Bien dépenser son argent était même perçu comme un motif de fierté.
Mais il nous faut désormais nous interroger sur les émotions sous-jacentes à cette consommation. Des sentiments comme la solitude, l'anxiété, le sentiment d'infériorité et le besoin de reconnaissance s'expriment souvent par la consommation. Nous dissimulons des blessures intérieures derrière des objets ostentatoires et consommons toujours plus pour combler ce vide. Si cette approche peut apporter un réconfort temporaire, elle n'en constitue pas une solution durable.
Les experts proposent également des observations similaires sur la relation entre consommation et bonheur.
Paco Underhill décrit le capitalisme comme le point de rencontre entre la science de la consommation et la fragilité humaine, soulignant que la consommation est une structure qui exploite méticuleusement les faiblesses humaines. Martin Lindstrom affirme que si les consommateurs restent inconscients de la manipulation dont ils sont victimes au quotidien, ils deviennent inévitablement très vulnérables face à la consommation. Le professeur Kwak Geum-joo ramène finalement le problème de la surconsommation à un problème individuel, tout en soulignant qu'il est difficile de le surmonter par la seule force de volonté.
Elle souligne l'importance cruciale des valeurs et des habitudes de consommation acquises dès l'enfance, et affirme que l'éducation à la consommation doit s'accompagner d'un développement émotionnel. Olivia Melan explique que le rétablissement de l'estime de soi est l'élément clé pour réduire la consommation et favoriser une meilleure connaissance de soi.
Le psychiatre Kim Byung-hoo définit le bonheur non pas comme un but lointain, mais comme un état que l'on trouve dans les relations avec autrui. Dès l'instant où l'on prend conscience de son utilité pour quelqu'un d'autre, on peut enfin ressentir un bonheur stable.
En résumé, faire ses achats dans une société capitaliste s'apparente, par sa structure, à un jeu où la défaite est inévitable. La recherche du bonheur par la consommation ne fait qu'alimenter l'expansion sans fin du désir, menant rarement à une satisfaction durable. Si vous aspirez au vrai bonheur, plutôt que de chercher des réponses dans la consommation, il vous faut vous tourner vers vos émotions et vous concentrer sur le rétablissement de vos relations avec vos proches.
Ce n'est qu'en observant nos propres émotions et en reconstruisant l'estime de soi au sein de nos relations que nous pouvons accéder à un bonheur qui découle de la vie elle-même, et non de la consommation. Alors seulement le désir s'atténuera et le bonheur commencera à croître discrètement mais profondément.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.