Cet article retrace le parcours de Yoshinobu Yamamoto, qui, malgré sa petite taille, est devenu le lanceur le mieux payé au monde grâce à un entraînement axé sur la souplesse et à une détermination sans faille. Il analyse comment ses choix ont transformé le baseball au Japon et en Ligue majeure de baseball. C'est le récit d'un combat acharné.
Dans ce monde, il existe le lanceur le plus cher de l'histoire, estimé à 325 millions de dollars. Son nom est Yoshinobu Yamamoto. Pourtant, il était loin de l'archétype du lanceur d'élite. Petit et d'apparence ordinaire, il répétait des exercices de souplesse et d'équilibre plutôt que de la musculation, et s'entraînait sans relâche au lancer de javelot. Aujourd'hui, même les meilleurs frappeurs du monde s'inspirent de ses méthodes d'entraînement. Comment ce garçon frêle et menu est-il devenu le lanceur le plus cher du monde ? La réponse se trouve dans son parcours de vie.
Yoshino Yamamoto est né en 1998 dans la préfecture d'Okayama, au Japon. Passionné de baseball, son père écoutait régulièrement les retransmissions de ce sport à la maison, et il a donc commencé à y jouer dès le CP. Pourtant, enfant, il n'était pas un joueur particulièrement talentueux. C'était un joueur moyen, occupant différents postes selon les besoins de l'équipe, et il n'envisageait pas de devenir joueur de baseball professionnel. D'ailleurs, dans son album de fin d'école primaire, il avait écrit « employé de bureau » comme souhait pour son avenir.
Ses années de collège ne furent guère plus marquantes. Lorsque l'équipe se retrouva en manque de lanceurs, on fit appel à lui sur le monticule simplement parce qu'il avait déjà brièvement lancé par le passé. Son choix de lycée fut lui aussi davantage dicté par les circonstances que par une décision mûrement réfléchie. Pourtant, il possédait un atout indéniable : il s'investissait plus que quiconque. Même pendant ses jours de repos, il ne lâchait jamais la balle, consacrant chaque jour à réfléchir à la manière de progresser.
Le tournant décisif survint à la fin de sa première année. Il joua un match où il s'effondra complètement. Par un hasard troublant, ce jour-là, des recruteurs professionnels étaient venus observer un autre joueur. Pendant la rencontre, il surprit leur conversation où ils l'évaluaient, et leurs paroles firent naître en lui une motivation intense. Jusque-là, il n'était qu'un joueur travailleur. À partir de ce moment, il commença à se transformer en un joueur qui se fixait des objectifs clairs et s'entraînait méthodiquement.
Après cela, son physique commença à se développer de façon notable. La vitesse de sa balle rapide, qui n'était alors que de 135 km/h, augmenta rapidement, dépassant finalement les 151 km/h. Grâce à cette progression, il réalisa un match sans coup sûr ni point lors de la finale du championnat régional et commença à être considéré comme l'un des « Quatre Grands ». Son passage chez les professionnels ne semblait plus qu'une question de temps. Cependant, de manière inattendue, il envisagea de rejoindre une équipe amateur de ligue industrielle plutôt que de devenir professionnel. La principale raison était une blessure au coude et la perte de confiance qui en résulta. Alors que son entourage l'encourageait à tenter sa chance chez les professionnels, il était rongé par le doute : « Suis-je vraiment capable de réussir chez les pros ? »
En 2016, lors de la draft des recrues de la ligue professionnelle de baseball japonaise, il fut sélectionné par les Orix Buffaloes, marquant ainsi son entrée dans le monde professionnel. Même après ce passage chez les pros, son coude demeura une source d'inquiétude persistante. Durant cette période, un entraîneur lui proposa une méthode d'entraînement unique, novatrice : la « technique de lancer en flèche ». Celle-ci consistait à reculer le point de relâchement et à coordonner la puissance du dos, des abdominaux et du bas du corps en un seul mouvement, optimisant ainsi la coordination corporelle globale.
Cependant, cette méthode d'entraînement se heurta à une forte opposition de la part des entraîneurs et des experts. Elle s'écartait considérablement des théories établies du baseball et était considérée comme très risquée pour les blessures. L'opposition fut virulente, allant jusqu'à atteindre son mentor de lycée, à qui l'on demanda de le dissuader de cette pratique. Malgré cela, Yamamoto croyait en son approche. Convaincu que cet entraînement le rendrait plus fort, il mit au point un programme d'entraînement personnalisé.
Au lieu d'un entraînement de musculation classique, il opta pour un programme axé sur les exercices au poids du corps. Il utilisait des mouvements de pont pour améliorer la souplesse de ses épaules et de sa cage thoracique, et s'entraînait, grâce à des exercices d'équilibre sur les mains et de rotation, pour développer sa puissance même avec les muscles étirés. Son approche, consistant à isoler et à entraîner séparément le haut et le bas du corps, était également unique. Grâce à ce processus, il commença progressivement à devenir un lanceur complet.
Le résultat fut retentissant. En 2021, il devint le premier lanceur de l'histoire du baseball professionnel japonais à remporter le quadruplé, menant les Orix Buffaloes à leur premier titre de champion en 25 ans. Il remporta ensuite le titre de MVP du championnat à l'unanimité, confirmant son statut d'as incontesté. Ses exploits ne s'arrêtèrent pas là. En 2022 et 2023, il remporta consécutivement le quadruplé, le prix Sawamura et le titre de MVP du championnat, établissant des records sans précédent. Il réussit même un match sans coup sûr ni point, atteignant ainsi le sommet du baseball japonais.
Après avoir tout accompli sur la scène japonaise, il annonça finalement son entrée en Ligue majeure de baseball. Une autre question se posa alors : son gabarit, relativement petit, lui permettrait-il de réussir dans les ligues majeures ? Avec ses 178 cm, Yamamoto était nettement plus petit que Shohei Ohtani ou Yu Darvish. Entre scepticisme et attente, il défia les ligues majeures par le biais du système de transfert et signa finalement un contrat historique avec les Dodgers, devenant ainsi le lanceur le plus cher du monde.
Cependant, sa première saison en Ligue majeure fut loin d'être facile. Il connut des débuts difficiles, largement considérés comme le pire match d'ouverture de l'histoire des Dodgers. Pour ne rien arranger, il se blessa à l'épaule pendant sa période d'adaptation, ce qui entraîna une longue absence en milieu de saison. Pourtant, il refusa d'abandonner. Ses échanges avec Shohei Ohtani furent une source de force considérable, et il maintint son programme d'entraînement avec constance, même aux États-Unis.
Son entraînement axé sur la souplesse a particulièrement influencé ses coéquipiers. Des joueurs comme Mookie Betts et d'autres chez les Dodgers se sont montrés intéressés par ses méthodes, certains allant même jusqu'à les apprendre directement. Cette scène illustrait l'impact de la philosophie japonaise du lancer sur le baseball américain. Cette approche, privilégiant la souplesse et l'agilité à la force brute, a rendu les lancers de Yamamoto encore plus explosifs.
En fin de compte, Yoshinobu Yamamoto a transcendé ses limites non par un talent inné, mais par un effort inlassable et sa propre philosophie. Plutôt que de se conformer aux normes du monde, il a choisi une voie adaptée à son corps et à son potentiel, et a suivi ce choix jusqu'au bout. Son succès témoigne non pas de la grandeur du talent, mais de l'importance cruciale de la direction et de la persévérance dans l'effort.