Lorsque la morale et le droit s'opposent, quelles sont les priorités d'un juge ?

Cet article de blog examine les critères qu'un juge devrait utiliser lorsque la conscience juridique et le jugement moral s'opposent, en explorant comment la légitimité judiciaire et les valeurs démocratiques parviennent à un équilibre.

 

La question de l'exigence de sincérité des juges fait débat. Les États démocratiques modernes confèrent force exécutoire aux décisions de justice, tout en exigeant qu'elles soient motivées afin de garantir un contrôle démocratique sur l'exercice du pouvoir judiciaire. Dans ce contexte, les juges doivent exposer clairement leur raisonnement, sans mensonge ni dissimulation, en révélant leurs convictions et leur processus de réflexion. Cette conception rencontre des oppositions. Selon une opinion répandue, puisque les tribunaux sont chargés de résoudre les conflits et les tensions sociales, il est préférable que les juges paraissent unanimes dans leurs opinions lorsqu'ils traitent de questions très controversées comme la peine capitale ou l'avortement. Si nécessaire, il est préférable d'invoquer des raisons différentes de leurs convictions profondes ou d'éluder la question centrale de manière ambiguë. Cette opinion présuppose que les citoyens sont incapables d'appréhender la vérité, ce qui contredit les principes démocratiques et est difficilement acceptable. Toutefois, l'argument selon lequel il existe des exceptions où les juges sont contraints de mentir mérite d'être examiné.
Pour les juges tenus de statuer conformément à la loi et à leur conscience, cette dernière se confond intrinsèquement avec la conscience juridique, si bien que les conflits entre les deux sont rares. La situation se complique toutefois lorsque droits légaux et droits moraux s'opposent, comme dans le cas d'un propriétaire d'esclaves revendiquant la propriété d'un esclave fugitif qui s'est enfui dans un État où l'esclavage était interdit à une époque où il était reconnu. Dans de telles situations, la conclusion juridique peut aboutir à des injustices profondes. S'il est difficile de trouver des motifs pour invalider le droit légal, l'application stricte de la loi est moralement répréhensible. Un juge peut soit appliquer la loi à l'encontre de sa conscience morale, soit s'abstenir de l'appliquer par souci de sa conscience morale. Or, la première option renie sa conscience, et la seconde viole son devoir professionnel. La démission ne profite à personne ; le seul choix qui reste à un juge attaché aux droits moraux est donc d'exprimer ce droit légal aux parties, contrairement à ses propres convictions. Autrement dit, le juge, tout en étant incapable de nier qu'un droit soit légalement reconnu, crée une autre interprétation légitime de la loi et, par le biais de cette interprétation, rend le droit légal inapplicable dans le jugement, se sortant ainsi secrètement de cette situation délicate.
Cette discussion n'enlève rien au devoir de sincérité du juge. De nos jours, les divergences extrêmes entre le droit et la morale sont rares, et une société démocratique qui discerne et défend la vérité ne saurait créer de situations exigeant des juges des artifices juridiques. Pourtant, le dilemme entre le droit et la morale, ainsi que le devoir de sincérité, n'ont pas totalement disparu avec l'abolition de l'esclavage. Les juges continuent de se heurter à des résistances morales face à certaines lois, même à l'époque contemporaine. Dans ce contexte, le choix du juge a des répercussions constantes sur la justice, la démocratie et la légitimité du pouvoir judiciaire.

 

A propos de l'auteure

écrivain

Je suis un « détective de chats ». J'aide à réunir les chats perdus avec leurs familles.
Je me ressource autour d'un café latte, j'aime marcher et voyager, et j'élargis ma pensée par l'écriture. En observant attentivement le monde et en suivant ma curiosité intellectuelle de blogueur, j'espère que mes mots pourront apporter aide et réconfort à autrui.