Cet article de blog examine d'un point de vue philosophique l'asymétrie entre le bonheur et la douleur liés à l'accouchement, en explorant en profondeur comment la signification éthique diffère entre ce qui existe et ce qui n'existe pas.
Le mariage conduit souvent naturellement à la naissance d'enfants, pourtant ces derniers peuvent souffrir de la naissance. Ils peuvent contracter des maladies indésirables ou endurer les difficultés de la vie. Ainsi, l'accouchement impose un fardeau à l'être humain sans son consentement. Lorsqu'on donne naissance à un autre être humain et qu'on l'expose ainsi à des risques, il existe une responsabilité morale de se doter d'une justification suffisante. Quant à la question de l'éthique de l'accouchement, certains affirment qu'avoir des enfants est nécessaire en raison de la joie de les élever et de l'espoir qu'ils vivront heureux. À l'inverse, d'autres soutiennent qu'il faut éviter d'avoir des enfants car les élever est douloureux et il semble peu probable que l'enfant vive heureux. Cependant, comme cela relève d'un jugement subjectif, on ne peut affirmer, sur la base de tels arguments, qu'avoir des enfants ou ne pas en avoir est préférable. Le philosophe David Benatar présente une argumentation qui, au lieu de s'appuyer sur cette approche expérientielle, utilise une analyse logique démontrant que plaisir et douleur ne sont pas symétriques, pour affirmer qu'il est préférable de ne pas naître.
L'argument de Benatar repose sur l'idée suivante : si les bonnes choses enrichissent la vie d'une personne par rapport à une vie sans elles, l'absence d'une personne ne lui causerait aucune perte. En effet, personne n'aurait rien à perdre. Cependant, son existence même lui cause un préjudice grave qui n'aurait pas eu lieu si elle n'avait pas existé. Ceux qui s'opposent à cet argument pourraient souligner que les avantages dont bénéficient les riches et les privilégiés compensent les préjudices qu'ils pourraient subir. Mais le contre-argument de Benatar repose sur l'asymétrie entre l'absence du bien et l'absence du mal. L'absence d'un mal, comme la douleur, est considérée comme un bien même si personne ne l'éprouve. Inversement, l'absence d'un bien, comme le plaisir, n'est perçue comme un mal que si quelqu'un risque de le perdre. Selon cette logique, puisque la douleur n'existe pas lorsqu'on n'existe pas, elle constitue un bien, et même si le plaisir n'existe pas, rien ne justifie de condamner son absence. À l'inverse, lorsqu'elle existe, la présence de douleur est perçue comme néfaste, et celle de plaisir comme bénéfique. Partant de ce constat, Benata souligne que l'absence de douleur constitue un avantage indéniable lorsqu'elle n'existe pas, tandis que l'absence de plaisir n'est jamais une perte. Il conclut finalement que la non-existence est préférable à l'existence.
Pour réfuter l'argument de Benata, il faut critiquer sa prémisse fondamentale selon laquelle il existe une asymétrie entre l'absence du bien et l'absence du mal. Prenons l'exemple d'un pays de dix millions d'habitants. Cinq millions d'entre eux endurent des souffrances constantes, tandis que les cinq autres millions jouissent du bonheur. Un ange, témoin de cette situation, implore Dieu, arguant que les souffrances des cinq millions d'habitants sont excessives et exigent une intervention. Dieu accède à sa requête et remonte le temps pour recréer le monde, de sorte que les cinq millions de malheureux n'aient jamais souffert. Or, selon la logique de Benata, Dieu aurait pu remonter le temps pour empêcher l'existence même de ce pays de dix millions d'habitants. Si Dieu avait accepté la requête de l'ange de cette manière, non seulement l'ange, mais la plupart des gens en auraient été horrifiés. Cette expérience de pensée démontre, contrairement à l'affirmation de Benata, que l'absence du bien n'est pas simplement neutre, mais peut être activement nuisible ; autrement dit, ôter des vies est un prix trop élevé à payer pour supprimer la souffrance.
La première critique acceptait le postulat de Benata selon lequel l'absence de bien ou de mal peut avoir une valeur positive ou négative, même en l'absence de sujet pour en faire l'expérience. La seconde critique, en revanche, remet en cause ce postulat. Les termes d'évaluation n'ont de sens que lorsqu'ils se réfèrent, même indirectement, à des personnes. Par conséquent, affirmer que l'absence de bien ou de mal a un sens indépendamment de tout sujet pour en faire l'expérience est dénué de sens et inapproprié. Dans la théorie de Benata, l'expression « absence du mal » ne peut jamais avoir de sujet. Dans le contexte de la non-existence, il ne peut y avoir d'individu pour éviter le mal.
Si l'affirmation de Benatar est correcte, alors la naissance ne saurait être une bonne chose, et toute réflexion morale sur la naissance mènerait nécessairement à son abandon. Dès lors, nous n'aurions plus besoin d'être reconnaissants envers nos parents qui nous ont donné la vie. Par conséquent, la justification de cette affirmation doit être examinée de manière critique, et la réflexion philosophique sur l'existence et la naissance doit se poursuivre, même aujourd'hui.