Cet article de blog examine comment la tradition du commentaire du droit romain, née à Bologne au XIIe siècle, a engendré une nouvelle transformation intellectuelle. Il retrace l'évolution de l'autorité des Digesten, les changements dans les méthodes d'interprétation, jusqu'à l'approche critique de Leibniz.
L'étude approfondie du Corpus Juris Civilis débuta au XIIe siècle, principalement à Bologne. À cette époque, ce texte juridique était reconnu comme faisant autorité, au point d'être qualifié de « raison écrite », et parmi ses parties, le Digesta suscita le plus grand intérêt chez les érudits. Le Digesta contenait une compilation de doctrines diverses, extraites des écrits d'éminents juristes de l'époque romaine. Les premiers travaux juridiques s'attachèrent principalement à comprendre précisément ce contenu, et toute critique du droit romain était quasiment taboue.
Cette tradition savante culmina avec la compilation de commentaires de référence au milieu du XIIIe siècle. Dès lors, les études juridiques s'orientèrent vers l'application pratique du droit romain. Au XVIe siècle, les érudits s'affranchirent d'une confiance aveugle dans les Digeste et commencèrent à les considérer comme une source historique, explorant de nouvelles approches affranchies des interprétations des commentaires. Cette tendance se généralisa et devint courante par la suite. Leibniz, érudit du XVIIe siècle, s'engagea lui aussi dans une analyse critique des sources juridiques romaines, ouvrant ainsi de nouveaux débats.
Voici un extrait de l'ouvrage de Paulus, paru dans le Digest. Félix avait successivement consenti des hypothèques sur son domaine à Eutychiana, Turbus et Titius, établissant ainsi les liens juridiques substantiels. Cependant, Eutychiana ne parvint pas à prouver sa priorité dans son procès contre Titius et perdit le procès ; le jugement devint définitif. Par la suite, un nouveau différend surgit entre Turbus et Titius concernant la priorité des droits hypothécaires, donnant lieu à un litige. La question se posa alors : Titius, qui avait obtenu gain de cause contre Eutychiana, devait-il être considéré comme prioritaire sur Turbus ? Ou bien Eutychiana devait-elle être considérée comme inexistante, plaçant ainsi les droits de Turbus avant ceux de Titius ?
Certains ont soutenu que Titius devait avoir la priorité. Cependant, Paulus juge une telle conclusion profondément injuste. Supposons qu'Eutychiana perde face à Titius en raison d'une défense insuffisante. L'effet du jugement obtenu par Titius contre Eutychiana s'étend-il réellement à Turbo ? Et si Turbo obtient gain de cause ultérieurement contre Titius, ce jugement affectera-t-il alors Eutychiana ? Paulus répond par la négative. Le fait qu'un créancier de troisième rang exclue le créancier de premier rang ne confère pas au créancier de troisième rang le statut de créancier de premier rang. Un jugement entre parties à un litige ne profite ni ne nuit à ceux qui ne sont pas impliqués dans ce litige particulier. Le jugement rendu dans le premier procès ne résout pas toutes les situations ; les droits des autres créanciers hypothécaires demeurent intacts.
Leibniz chercha à réexaminer la priorité de cet élément « incontesté ». Il organisa d'abord la question comme suit : en droit romain, les hypothèques portant sur un même bien sont hiérarchisées selon leur ordre d'établissement. Ainsi, premièrement, l'hypothèque d'Eutychiana, établie en premier, a la priorité absolue et prime sur celle de Turbo. Deuxièmement, l'hypothèque de Turbo, établie en second, prime sur celle de Titius. Cependant, troisièmement, un lien juridique établi par un jugement définitif doit être considéré comme avéré ; l'hypothèque de Titius prime donc sur celle d'Eutychiana. Ici, les premier et troisième points s'opposent, mais en raison de l'effet du jugement définitif, le troisième doit prévaloir. Par conséquent, seuls les deuxième et troisième points doivent être valablement pris en compte, et leur combinaison permet de résoudre simplement l'ordre de priorité.
Paulus affirmait qu'Eutychiana ne pouvait recouvrer la première priorité, mais il ne reconnaissait ni la primauté de Titius sur Turbus, ni celle de Turbus sur Eutychiana. À ce sujet, Leibniz critiqua la position de Paulus selon laquelle on ne peut affirmer avec certitude la supériorité de Turbus sur Eutychiana. Si Turbus précède Titius et que, simultanément, Titius précède Eutychiana, il est logiquement naturel que Turbus précède Eutychiana. De plus, placer Turbus après Titius contrevient au principe selon lequel les effets d'un jugement ne doivent pas s'étendre à ceux qui ne sont pas parties au procès. En définitive, cela ne permet pas d'éviter précisément la situation que Paulus cherchait à prévenir, rendant un tel classement inacceptable.
Leibniz soutient que, même si cette conclusion fait reculer le classement de deux places en raison d'une seule défaite, elle n'est nullement injuste. Il affirme qu'il est préférable d'imposer un double désavantage à la partie qui a mal géré le procès plutôt qu'un simple désavantage à une autre partie qui n'a rien fait de mal. Il ajoute même une remarque spirituelle suggérant que la réputation de Paul en tant que sage pourrait être remise en question.
L'œuvre de Leibniz, conjuguée à l'influence considérable du droit romain à l'époque, illustre parfaitement le climat de cette période où les érudits abordaient librement le droit romain et menaient des discussions critiques malgré son autorité. Après le XVIIIe siècle, cette tradition de recherche sur le droit romain a jeté les bases du développement ultérieur de nouvelles théories et de nouveaux systèmes juridiques.